mercredi 4 mars 2026

Étude : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future, tandis que celles des hommes l'augmentent

Résumé : Une étude de décembre 2025 de la Fed de Chicago utilisant des données danoises : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future (jusqu'à -3,8 % pour un +5 % de salaire à 25 ans), tandis que celles des hommes l'augmentent (jusqu'à +1,2 %).

Les auteurs expliquent cette asymétrie par l'effet substitution dominant chez les femmes (compétition entre travail et enfants, garde d'enfants plus souvent à leur charge) et l'effet revenu chez les hommes, basé sur des réformes fiscales de 2009-2010 et un modèle de cycle de vie.

Ces résultats soulignent un impact potentiel inattendu des politiques d'égalité salariale sur la baisse de la natalité en Europe du Nord, où la fertilité est déjà faible (1,5 enfant par femme au Danemark en 2025).

Détails

Une étude publiée en décembre 2025 par la Federal Reserve Bank of Chicago analyse les liens entre évolution des salaires et décisions de fécondité à partir de données administratives danoises. Les auteurs exploitent des réformes fiscales mises en œuvre au Danemark entre 2009 et 2010 afin d’identifier l’effet causal de variations de salaires nets sur le nombre d’enfants au cours du cycle de vie.

Une relation différenciée selon le sexe

Les résultats mettent en évidence une asymétrie marquée :

  • Chez les femmes, une hausse du salaire net à un âge précoce – notamment autour de 25 ans – est associée à une baisse de la fécondité ultérieure. Selon les simulations du modèle estimé, une augmentation permanente de 5 % du salaire net féminin à 25 ans correspond à une diminution pouvant atteindre –3,8 % du nombre d’enfants attendu au cours de la vie.

  • Chez les hommes, une hausse comparable du salaire net est associée à une augmentation de la fécondité. Dans les mêmes conditions, une hausse de 5 % du salaire net masculin à 25 ans correspond à une progression pouvant atteindre +1,2 % du nombre d’enfants.

Ces estimations proviennent d’un modèle structurel de cycle de vie calibré sur les données danoises, combinant trajectoires salariales, décisions d’offre de travail et choix de fécondité.

Les mécanismes économiques avancés

Les auteurs interprètent cette asymétrie à partir de deux mécanismes classiques de la théorie économique :

  1. Effet de substitution dominant chez les femmes
    Une hausse du salaire augmente la valeur du temps consacré au travail rémunéré. Lorsque les responsabilités liées à la garde des enfants sont principalement assumées par les femmes, une augmentation du salaire féminin accroît le coût d’opportunité du temps consacré à la parentalité. Cela tend à réduire le nombre d’enfants choisi.

  2. Effet de revenu dominant chez les hommes
    Une hausse du salaire masculin accroît le revenu total du ménage. Cette augmentation des ressources disponibles peut favoriser la décision d’avoir davantage d’enfants, l’amélioration du revenu jouant un rôle positif dans les choix de fécondité.

L’étude montre également que les décisions de fécondité influencent à leur tour l’offre de travail sur l’ensemble du cycle de vie, contribuant à façonner les trajectoires professionnelles différenciées selon le sexe.

Un contexte démographique de faible fécondité

Ces résultats s’inscrivent dans un contexte où la fécondité demeure inférieure au seuil de renouvellement des générations dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Au Danemark, le taux de fécondité total s’établit autour de 1,5 enfant par femme en 2025, soit un niveau nettement inférieur au seuil d’environ 2,1 nécessaire au maintien de la population sans apport migratoire.

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