vendredi 19 juillet 2019

Démographie : Le gouvernement bruxellois lève en partie l'interdiction du port de signes religieux dans l'enseignement

La Région bruxelloise est l’une des trois régions qui composent la Belgique. Elle ne doit pas être confondue avec la Ville de Bruxelles, qui n’est qu’une commune de la région. La région compte 1 205 309 habitants au 1er mai 2018. Elle a ses propres gouvernement et parlement et dispose de pouvoirs internationaux économiques et financiers. Les élections du 26 mai 2019 ont débouché sur la formation d’un nouveau gouvernement régional composé de socialistes, d’écologistes et de libéraux.

La déclaration de politique générale du gouvernement régional bruxellois est analysée de fond en comble depuis mercredi dernier par les journalistes et autres observateurs politiques. L’accord du gouvernement francophone bruxellois (Cocof), lui, est passé plus inaperçu. Il recèle pourtant une mesure non négligeable.

« Le mouvement #metto [#balancetonporc], la montée des populismes et des nationalismes racistes ont mis à l’avant-plan la réalité crue de la discrimination, de la haine et des violences liées à une part de l’identité des personnes (genre, orientation sexuelle, religion, etc.). Les conséquences sur le quotidien des personnes concernées sont désastreuses », stipule ainsi la déclaration de politique générale, qui souligne à de nombreuses reprises sa volonté d’agir contre ces violences.

CDH = centre-gauche social (« humaniste » anciennement social-chrétien), Écolo = écologistes progressistes, MR = libéraux progressistes, PS = socialistes, DéFI = libéraux sociaux, PTB = « parti du travail » extrême gauche. Écolo + PS + PTB = 84,4 % des voix musulmanes.
Prônant un enseignement public de qualité et « émancipateur pour toutes et tous », le Cocof indique que le gouvernement lèvera l’interdiction du port de signes convictionnels par les étudiants dans l’enseignement supérieur et en promotion sociale. Il stipule toutefois que « l’interdiction du port de [ces] signes dans l’enseignement obligatoire sera maintenue ».


Résultats aux élections de Bruxelles (2019)


Une avancée de taille pour Zakia Khattabi (Écolo), qui a porté la mesure lors des négociations : « Cette interdiction m’a toujours été insupportable par son caractère discriminant tant je sais, comme féministe, combien l’accès à la formation puis à l’emploi sont des voies à l’émancipation des femmes. Il m’a toujours été incompréhensible que cette interdiction, et singulièrement celle du port du voile puisque c’est de cela qu’il s’agit, se fasse au nom précisément de leur émancipation... Bref, une première avancée et une victoire personnelle que je savoure tant le contexte actuel (et certains partenaires autour de la table) est peu propice au management inclusif de notre diversité », indique la co-présidente d’Ecolo sur Facebook.

Au nord de Bruxelles les communes à forte population immigrée (Anderlecht, Molenbeek, Saint-Josse, etc.), le parti socialiste y arrive en tête. Au sud, plutôt des communes huppées (Uccle, Boitsfort, les Woluwe, Auderghem, etc.) qui votent plutôt écologistes ou libéraux à droite économiquement, mais conformistes sur le plan des valeurs sociétales.


Dans son message, Zakia Khattabi ne manque pas de piquer au passage le parti d’extrême gauche, le PTB, en parlant de cette mesure comme d’un « élément en particulier dont je suis fière (et qui a visiblement échappé à la lecture des camarades ptbistes) ». Le parti d'extrême gauche qui a récolté 24 % des voix musulmanes, par l’intermédiaire de Françoise Desmet confirme néanmoins qu’il s’agit d’une « bonne chose, c’est un pas en avant. L’interdiction du port de signes religieux discrimine toute une série de femmes dans la société. Cette mesure est donc une porte d’entrée à d’autres débats sur la levée de l’interdiction dans l’administration publique ».

Du côté des libéraux en revanche, le son de cloche est différent : « Même si cette mesure est limitée aux étudiants du supérieur et de promotion sociale, ceci est un précédent qui fragilisera l’école comme lieu de neutralité à l’égard du fait religieux. Cette reculade risque fort d’en entraîner d’autres au niveau scolaire et dans la fonction publique. Nous nous étonnons que Défi (libéral-social francophone), qui veut intégrer la laïcité dans la Constitution, soit complice de cette politique », réagit Gaëtan Van Goidsenhoven.


Les causes de la « Révolution tranquille » en matière d'éducation, ses conséquences

Gilles Paquet


Dans l'ouvrage collectif La Révolution tranquille en héritage, sur lequel nous reviendrons, Gilles Paquet, économiste à l'Université d’Ottawa, revient sur les causes et les effets de ce que l'on nomme un peu rapidement la « Révolution » tranquille, cette vache sacrée d'une certaine gauche québécoise.



Extraits (les intertitres en gras sont de nous) :


« 

La démographie explique à peu près les deux tiers de tout.


David Foot

[...]


[Q]uelle a été la source des changements [issus de la « Révolution » tranquille] ? à quoi peut-on attribuer les dérapages s’il y en a eu? et quel est le degré d’inachèvement des travaux enclenchés, quel déblocage est nécessaire ?

À ces trois questions, les réponses sont claires : le changement a souvent été déclenché par la démographie; les dérapages sont venus d’un étatisme excessif; et le déblocage ne peut venir que d’une nouvelle gouvernance.

Les grands faits qui caractérisent l'époque de la Révolution tranquille
• l’urbanisation du Québec dans la décennie des années 40 a été phénoménale: il s’est urbanisé autant de gens dans cette décennie que dans tout le siècle qui a précédé ;

• entre 1951 et 1966, il va naître deux millions de Québécois : en 1966, grosso modo, un Québécois sur trois aura moins de quinze ans; beaucoup de jeunes: plus de personnes à l’école qu’au travail, sans pouvoir, mais avec beaucoup de temps libre et de grands espoirs (ce qu’on nommera l’esprit de 1968) ;

• entre 1870 et 1957, le taux de croissance de la valeur ajoutée par année-personne est comparable à celui de l’Ontario ;

• entre 1935 et 1955, le taux de croissance de la production industrielle au Québec dépasse celui de l’Ontario; entre 1946 et 1958, le niveau du revenu personnel par habitant au Québec progressait de plus de 5 % par année et gagnait sur celui de l’Ontario ;

• les années 50 ont été la seule décennie du XXe siècle où les migrations interprovinciales ont donné un solde positif au Québec ;

• au cours des deux décennies antérieures à 1967-1968, les inscriptions à tous les ordres d’enseignement augmentaient très rapidement;

• les changements dramatiques dans le régime des relations de travail (en particulier dans le secteur public) ont eu un impact sur la montée des corporatismes, sur la détérioration du climat social et sur l’explosion salariale dans la période subséquente;

• il y a eu aussi dans tout le monde occidental (et au Québec aussi fortement qu’ailleurs), dans l’après Seconde Guerre mondiale, la montée d’un grand relativisme moral qui n’a pas été sans rappeler le vent idéologique ayant soufflé sur le monde atlantique à la fin du XVIIIe siècle enclenchant alors ce qu’on a nommé la Révolution atlantique (Godechot-Palmer)[1] ;

• il y a enfin l’arrivée sur la scène occidentale de l’idéologie des droits de la personne (dans la foulée de la Déclaration des Nations Unies de 1948) et de la légitimité de demandes illimitées vis-à-vis de l’État — qui vont amener le citoyen à réclamer de l’État dit providence qu’il soit l’instrument de la réalisation de toutes sortes de gratifications, et à se déresponsabiliser relativement de sa propre condition; cela est pleinement rendu par le slogan de Mai 68 : « Soyez réaliste, demandez l’impossible ! »
[…]

De ces faits stylisés, je conclus que les chromos Grande Noirceur et Révolution tranquille sont indûment réducteurs  pour caractériser l’avant et l’après 1960 au Québec si l’on cherche une explication persuasive et non pas seulement une fabulation inspirante.

[...]

La Grande Noirceur et les héritiers de la Révolution tranquille vus dans le cahier-manuel d'éthique et de culture religieuse pour la 1re secondaire des éditions La Pensée (p. 56)



La démographie comme moteur des changements

Le système d’éducation québécois a subi de nombreuses transformations dans les années 60. La grande cause de ces transformations est cependant moins le volontarisme des politiciens et des bureaucrates qu’une grande vague démographique dont les effets ont commencé à se faire sentir dès avant 1960. C’est pour répondre aux besoins criants de cette grande vague démographique qu’on va devoir commencer à construire tout un réseau d’écoles et d’institutions sanitaires déjà sous le régime Duplessis. L’État va être le grand improvisateur de ces transformations forcées, pour parer au plus urgent, parce que le privé et le « sans but lucratif » sont débordés. La grande cause du dérangement sera cependant démographique.

Sans aucun doute, les accompagnateurs politico-bureaucratiques de ce mouvement vont y mettre du leur : on va voter bien des lois scolaires dans les années 60 — allongeant l’âge de fréquentation scolaire obligatoire, ramenant plus de 1 000 commissions scolaires à une soixantaine, et les obligeant à assurer l’enseignement secondaire, etc. Mais cet ajustement avait déjà commencé dès les années 40, et s’était poursuivi avec force dans les années 50, en proportion de l’augmentation de la clientèle réclamant des institutions supplémentaires. Dans les années 60, on répond seulement aux goulots d’étranglement subséquents qui se matérialisent.

En effet, les baby-boomers ne mourant pas en arrivant à l’adolescence, on va inventer, en cascade, les cégeps pour prendre le relais des polyvalentes en 1967, et l’Université du Québec, créée en décembre 1968, pour prendre le relais des cégeps : une cascade d’établissements pour accueillir l’énorme vague d’étudiants que les institutions existantes n’auraient su accueillir, et qu’une population québécoise dont le revenu croît vite n’aurait pas accepté qu’on sacrifie.

Quantité oui, mais qualité laissant à désirer

La « démocratisation de l’éducation » est le slogan qu’on utilisera pour décrire la mise en place de ces nouvelles structures d’accueil dans les années 60. La population était favorable à la réforme des structures (vague démographique oblige, des réformes s’imposaient), mais elle n’a pas été impressionnée par la qualité du produit des nouveaux établissements (polyvalentes, cégeps). La grogne a commencé dès les années 60.

[...]

Au début, en éducation, il fallait évidemment travailler à la hache, et faire face au problème « quantitatif » de la horde démographique. Un appareil d’État a semblé être le seul mécanisme capable de parer au plus urgent.

[…]

L'État monopole et sa bureaucratie s'accrochent après l'urgence

Mais une fois le gros du choc démographique passé, l’appareil d’État n’a pas voulu lâcher prise, même quand il est devenu clair que tous les intervenants (professeurs, parents, étudiants) se considéraient mal servis par le monopole public qui imposait un régime pédagogique inadéquat.

L’impact de ce monopole d’État et de sa bureaucratie a été catastrophique, diront les économistes et sociologues qui ont écrit un livre noir accablant[2]. Mais rien ne saurait mieux exprimer la faillite que les spectaculaires taux de décrochage scolaire et les dénonciations de Jean-Paul Desbiens (dit frère Untel) qui, dans sa préface au livre de Migué et Marceau, a dit son amer désappointement avec verve, mais aussi avec la légitimité de celui qui avait lancé un débat important sur l’éducation au Québec à la fin des années 50[3].

[...]

Parents désorganisés, fugaces et dociles contre syndicats et bureaucrates conservateurs

Desbiens dénonce, dans la préface du livre de Migué et Marceau, l’incurie des parents (qui « ne constituent pas une force organisée, sauf en cas de crises pointues et localisées ») et de l’opinion publique (« fugace, distraite, facilement manipulable en cette matière ») mais surtout « une Sainte-Alliance entre les politiciens, les syndicats d’enseignants et les bureaucrates en faveur du maintien et de l’extension du monopole.

« Les clientèles captives sont moins rétives, moins malcommodes que les clientèles libres » (p. xiv).

[…]

Centralisation, jacobinisme et volonté de programmation citoyenne

La tendance à la centralisation, à la bureaucratisation et au jacobinisme demeure hégémonique, et le débat récent autour du cours d’éthique et de culture religieuse — l’imposition d’une religion d’État, disent certains — révèle clairement un certain césarisme.

Dans une société pluraliste et une démocratie libérale, la vision du monde à saveur républicaine — qui statue que l’État doit incorporer les valeurs de la communauté politique, constituer une sorte de personne en plus grand et en plus important et définir la manière morale pour la communauté de fixer ses droits — est oppressante. Le monopole public de l’éducation est naturellement amené à imposer l’uniformité (au nom d’un égalitarisme abusif), et donc à rendre impossible la variété requise, au nom d’une certaine programmation citoyenne.

[…]

C’est condamner le monde de l’éducation à un arrimage ni très heureux ni cohérent entre un système d’éducation bureaucratique et un environnement bariolé, mais aussi, disent certains, à la médiocrité et à la production systématique du décrochage scolaire et de l’analphabétisme.

Les sociétés qui ont choisi la variété et la concurrence dans l’éducation ont des résultats énormément plus impressionnants[4].

[…]

Sainte-Alliance à saveur étatiste, corporatiste et syndicaliste

Ce n’est pas un problème strictement d’éducation non plus que proprement québécois, puisque d’autres juridictions ont aussi été détournées de leurs trajectoires originales par d’autres formes de Sainte-Alliance à saveur étatiste, corporatiste et syndicaliste. La force d’inertie de ces arrangements est robuste: ils savent résister aux assauts et, ce faisant, préserver des «systèmes scolaires» fort coûteux, inefficients et non viables à long terme même au niveau universitaire[5].

C’est là le côté sombre des monopoles d’État créés au nom d’idéaux tout aussi fumeux que sacrés chez les bien-pensants (bien commun, démocratie, égalitarisme, pallier l’ignorance ou l’incurie des citoyens-parents, etc.) et embaumés comme « acquis sociaux ».



[1] Peter H. Amann, The Eighteenth-Century Revolution: French or Western?, Boston, Heath, 1963.

[2] Jean-Luc Migué et Richard Marceau, Le Monopole public de l’éducation, Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1989; Gilles Gagné (dir.), Main basse sur l’éducation, Québec, Nota bene, 1999; Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, Montréal, Liber, 2004, chapitres 12 et 13.

[3] Jean-Paul Desbiens, Les Insolences du frère Untel, Montréal, Éditions de l’homme, 1960; Jean-Paul Desbiens, préface à l’ouvrage de Migué et Marceau, Le Monopole public de l’éducation.

[4]  Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, p. 127.

[5] Gilles Paquet, « Ontario Higher Education as Governance Failures », Optimum Online, vol. 40, no 1 (2010), p. 60-66.


La Révolution tranquille en héritage
Collectif
chez Boréal
à Montréal
paru le 4 octobre 2011,
304 pages
ISBN-13 : 978-2-7646-2115-8

Voir aussi

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Héritage de la Révolution tranquille : lent déclin démographique du Québec ?

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Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l'Ontario après la Grande Noirceur

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La Grande Nouérrceurrr : portrait de famille monochrome, rictus, pénurie francocentrique et ânonnements (5 pages)

La Grande Noirceur, revue et corrigée

Le « mythe » de la Révolution tranquille

Le ministre de l'Éducation ignore les recommandations du Protecteur du citoyen et des parents

Le regroupement des associations de parents éducateurs du Québec (le Regroupement), tout en se félicitant de la décision du ministre de l’Éducation, monsieur Jean-François Roberge, de repousser de deux ans la mise en place d’examens que son ministère veut imposer aux enfants qui reçoivent leur enseignement à la maison, est déçu du refus du ministre de revoir les fondements de son projet de règlement, critiqué autant par les parents que par le Protecteur du citoyen. (1)

À nos yeux, ce qu’il présente comme un assouplissement n’est en fait qu’un report de l’entrée en vigueur d’une partie dudit règlement.

En continuant d’insister pour que le projet d’apprentissage des matières obligatoires que suivent nos enfants soit calqué sur ce qui se fait à l’école et en imposant les méthodes d’évaluation propres au milieu scolaire traditionnel, nous croyons fermement que le règlement publié ce matin par le ministre contredit la lettre et l’esprit de la loi 144.

L’apparition soudaine d’un délai ne change en rien notre désaccord avec monsieur Roberge sur le fond.

Les changements que le ministère apporte avec l’adoption de ce nouveau règlement sont pour la plupart inapplicables et réduisent la capacité des parents d’offrir à leurs enfants une éducation à la maison de qualité, conforme à leurs valeurs et qui respecte les capacités de chacun des enfants inscrits dans ce programme.

Le ministre Roberge (à droite) jette un regard vers un parent québécois qui le supplie. La réponse est NON !


Rappelons que la loi 144 a été adoptée après des consultations exhaustives autant auprès des experts en la matière et des principaux intéressés que sont les parents.

Le Regroupement offre sa collaboration pleine et entière au ministre afin de s’assurer que les ressources qui doivent être mises en place par les commissions scolaires durant la prochaine année scolaire le soient, tel que la loi les y oblige, afin de donner à cette expérience éducative toutes les chances possibles de réussite.

Alors, et seulement alors, pourrons-nous juger l’arbre à son fruit.

S’il s’avérait que des changements deviennent nécessaires parce que la progression de l’apprentissage des matières obligatoires n’est pas satisfaisante, nous serons les premiers intéressés à revoir le fonctionnement du programme afin que nos enfants en sortent gagnants.

Entre temps, nous exhortons à nouveau le ministre de l’Éducation à convoquer le plus rapidement possible la Table de concertation nationale, créée par la loi et qui a pour objet de conseiller le ministre en la matière.

Précisons à nouveau que la loi et ses règlements, tels qu’adoptés sous le précédent gouvernement, prévoyaient déjà l’enseignement de matières dites de base, comme la langue maternelle, la langue seconde, les mathématiques, les sciences et l’histoire.

Le nouveau règlement n’y change rien, ni ne règle le problème des écoles religieuses dites illégales qui n’existent plus.

Ont signé ce communiqué :
AQED : L’Association québécoise pour l’enseignement à la maison
AESM : L’Association d’enfants scolarisés à la maison
AEJEM : L’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison
ACPEQ : L’Association chrétienne des parents éducateurs du Québec
HSLDA : L’Association juridique canadienne pour l’école à la maison
Le Centre Communidée.

(1)

Le Protecteur du citoyen, 9 mai 2019.

Voir aussi

Roberge modifie à la marge ses restrictions imposées à l’instruction à domicile

AQED : « Éducation à domicile — Le nouveau projet de règlement est très mal avisé »

jeudi 18 juillet 2019

Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l'effondrement du mariage ?


En 2012, un adulte sur cinq de 25 ans ou plus aux États-Unis n’avait jamais été marié auparavant, un niveau record, selon un nouveau rapport publié par le Pew Research Center qui a analysé les données de recensement de 2012. En 1960, ce nombre n’était que d’un sur dix.


Selon un sondage d’accompagnement mené par Pew en mai et juin 2014, seuls 53 % de tous les adultes n’ayant jamais été mariés ont dit qu’ils aimeraient se marier par la suite, en baisse de 61 % en 2010, environ 32 % ont déclaré qu’ils n’étaient pas sûrs, contre 27 % en 2010.

Les chiffres les plus frappants du recensement concernent les Afro-Américains. Environ 36 % des Noirs âgés de 25 ans et plus n’avaient jamais été mariés en 2012, comparativement à 25 % en 1990 et 9 % en 1960. Pour les blancs, la proportion de célibataires était de 16 % en 2012, contre 11 % en 1990 et 8 % en 1960.

Pour Thomas Sewell, cet effondrement de la conjugalité n’est pas sans rapport avec l’importance accrue de l’État-providence qui subventionne certains comportements jadis considérés néfastes (la monoparentalité par exemple). Notons que, pour Éric Zemmour, c'est le libéralisme économique et l'individualisme sans entraves (les institutions religieuses et les communautés proches n'ayant plus de poids) qui expliqueraient en grande partie cet état de fait.


Thomas Sowell en 1980 sur la famille noire et les politiques sociales délétères (en anglais) qui pourraient bien être responsables de la désintégration des familles noires.


Thomas Sowell compare en 2013 les classes inférieures en Grande-Bretagne et dans les ghettos aux États-Unis et les effets de l’État-providence des deux côtés de l’Atlantique (en anglais)

S’il est vrai que le déclin des institutions religieuses et l’importance croissante attribuée aux études universitaires jouent également un rôle dans cette chute de la nuptialité, pour le Wall Street Journal, un facteur important trop souvent négligé est tout simplement l’économie. Celle-ci a connu une croissance lente et de plus en plus inégale au cours des dernières décennies.

Les revenus n’ont pas augmenté pour la plupart des Américains depuis les années 1980, après ajustement pour l’inflation, même si les coûts de logement et d’éducation des enfants ont fortement crû. Les jeunes hommes ont été particulièrement touchés : pour les hommes de 25 à 34 ans, le salaire horaire médian a diminué en termes réels de 20 % depuis 1980.

En dépit de leurs difficultés économiques croissantes, de nombreux Américains considèrent la sécurité financière (ou au moins un partenaire avec un emploi) comme une condition préalable au mariage.

Dans son enquête de ce printemps, Pew observe que près de 80 % des femmes jamais mariées disent qu’un emploi stable était un critère très important pour elles dans le choix d’un conjoint ou d'un partenaire. Chez les hommes et les femmes qui n’ont jamais été mariés, mais veulent se marier, près d’un tiers ont répondu ne pas être prêts financièrement pour le mariage.

Le problème, explique Pew, le malaise économique de ces dernières décennies (dissimulé pendant un certain temps par la bulle immobilière) a rétréci le bassin d’hommes salariés éligibles. En même temps, l’éducation des femmes et leur participation au marché du travail ont généralement augmenté.

En d’autres termes, pour les femmes célibataires d’aujourd’hui, un « bon » mari est plus difficile à trouver.

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Éric Zemmour et la mort du père

Un revenu universel pour mettre fin à l'État-providence

Pourquoi les filles sages réussissent-elles ?

Sexualité précoce à l'école publique québécoise : phénomènes isolés ou vague de fond ?

Idées reçues sur les blancs américains, écart moral et culturel croissant des classes sociales

Idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

Des îles du Pacifique résistent au réchauffement climatique

Ce n’est pas neuf (nous en avions parlé il y a plus de 9 ans), mais ce qui est nouveau la publication de cette nouvelle dans un média patrimonial (Le Vif/L’Express).

Les îles du Pacifique de faible altitude pourraient réagir au changement climatique en modifiant leur forme plutôt qu’en disparaissant sous les eaux, selon une nouvelle étude qui semble contredire les inquiétudes en vigueur.

Les États insulaires comme les Tuvalu, Tokelau et Kiribati ne dépassent le niveau de la mer que de quelques mètres. Ils sont considérés comme les plus vulnérables au réchauffement climatique de la planète et les populations craignent d’être chassées par la montée des eaux. Mais selon une étude réalisée par des scientifiques néo-zélandais, britanniques et canadiens, ces îles « réagissent de manière morphodynamique » à l’environnement, car elles sont constituées par les squelettes de minuscules organismes coralliens, plutôt que par de la roche solide.

D’après les chercheurs, ce genre d’île se transforme progressivement à la manière des plages de sable, découverte qui pourrait avoir des répercussions importantes sur la stratégie de lutte contre le changement climatique dans les pays concernés. Murray Ford, co-auteur de l’étude et chercheur à l’Université d’Auckland, assure que ces îles sont plus résilientes qu’on ne le pensait jusqu’ici. « Les répercussions sur les différentes îles vont varier. Tandis que des zones deviennent inhabitables, d’autres vont s’adapter à la montée des eaux », affirme-t-il dans un communiqué. « Il appartiendra aux gouvernements et aux populations de décider de la stratégie à adopter mais nous estimons que cette étude met en lumière le fait que la nature est un modèle d’adaptation et les populations insulaires pourraient devoir s’adapter également ».

L’étude a été publiée cette semaine par la Geological Society of America. Les scientifiques ont créé une maquette à l’échelle 1/50 de l’île Fatato dans l’archipel des Tuvalu et un mécanisme de simulation des vagues afin de tester l’impact de la montée des eaux et des tempêtes causées par le changement climatique. Ils ont découvert que le point le plus haut de l’île gagnait en altitude tandis que la masse terrestre tout entière se déplaçait sur le récif corallien sous-jacent. « Ces informations illustrent la nécessité urgente d’incorporer la dynamique morphologique insulaire dans les projections futures des risques liés aux inondations dans les îles coralliennes », écrivent les auteurs de l’étude.

La même équipe de chercheurs avait publié en 2018 une étude sur Tuvalu selon laquelle l’archipel était en fait en train d’accroître son territoire. Entre 1971 et 2014, la surface terrestre de ses neuf atolls et 101 îles a augmenté de 2,9 %.

En 2017, le gouvernement de gauche en Nouvelle-Zélande était arrivé au pouvoir en évoquant la création d’un visa reconnaissant les réfugiés climatiques. Cette idée a cependant été remisée au placard, les intéressés ayant fait savoir qu’ils préféraient qu’on les aide à conserver leur maison plutôt que partir. Le Forum des îles Pacifique tiendra le mois prochain son sommet annuel aux Tuvalu et le changement climatique devrait figurer une nouvelle fois en tête de son ordre du jour.

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Les atolls du Pacifique ne seraient pas menacés par le réchauffement climatique

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?

Australie — Le gouvernement conservateur veut sévir contre les universités qui briment la liberté d'expression

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

mercredi 17 juillet 2019

Loi dite anti-fessée : demain, tous les parents seront-ils hors la loi ?

On le voit dans la limitation constante de la liberté scolaire que ce soit dans le dossier de l’instruction à la maison ou dans l’imposition aux écoles privées d’un programme étatique de plus en plus précis et la disparition d’options (plus d’éducation religieuse, uniquement ECR), les parents sont suspects de faire des choix qui déplaisent à l’État ou aux organismes militants. On voit la même tendance se dessiner dans le domaine du genre que les enfants devraient pouvoir choisir au plus jeune âge et même prendre des hormones pour ce faire, même si leurs parents s’y opposent. L’air du temps veut que l’on dépouille les parents de leur autorité. L’État utilise « le bien de l’enfant » comme il l’entend, vu de loin selon des « valeurs progressistes », pour s’immiscer sans cesse dans la vie familiale et ôter aux parents autorité et choix. Il ne s’agit bien évidemment pas ici de promouvoir la cruauté envers les enfants, mais de défendre une vision moins iréniste des relations entre le parent et ses enfants qui peuvent mal se comporter ou prendre de mauvaises décisions dont les premières personnes affectées seront les parents et non de lointains bureaucrates, juges ou militants.

Pour Olivier Babeau, président fondateur de l’Institut Sapiens, la proposition de loi relative à « l’interdiction des violences éducatives ordinaires » participe d’un combat de fond qui vise à la disparition de toute forme d’autorité au profit de celle de l’État.

Rien n’est plus révoltant qu’une violence infligée à un enfant. Il est évident qu’il faut garantir à chaque mineur une sécurité physique et affective. La loi sur « l’interdiction de la fessée » s’inscrit dans le prolongement d’une juste pénalisation des maltraitances. Est-il permis néanmoins de penser qu’elle est inutile et même dangereuse ?

L’interdiction de la fessée n’est qu’un jalon dans un combat bien plus fondamental contre toute forme d’autorité, au profit de celle de l’État. Car tout pourra demain être qualifié de « violence éducative ordinaire ». Comme le rapporte un article du Huffington Post, l’auteur du blogue Enfances épanouies identifie ainsi le fait d’obliger son enfant à se nourrir ou à s’habiller quand il fait froid, de lui faire les gros yeux, lui donner des surnoms… La contradiction est forte : il faudrait traiter l’enfant comme un adulte en miniature, ce qu’il n’est pas. Éduquer, c’est éveiller à la liberté, mais c’est aussi précisément être responsable d’un être qui n’est pas encore capable de liberté. L’idée qu’il soit possible d’éduquer par le seul dialogue raisonnable est très séduisante d’un point de vue philosophique, mais pour un parent elle atteint hélas ses limites lorsque le caprice d’un enfant, par exemple, le met lui-même en danger. Quel parent n’a jamais eu recours, pour le bien de sa progéniture, à des formes de chantage et de contrainte physique ? Demain, tous les parents seront hors la loi.

La loi procède de la vision irénique de l’éducation promue par un Jean-Jacques Rousseau dont on sait qu’il avait lui-même systématiquement abandonné ses enfants — pour le coup, une forme terrible de violence. L’enfant, naturellement bon, n’aurait pas à être guidé, mais seulement préservé de la corruption de la société. Dans son essai la Crise de l’éducation, Hannah Arendt souligne que chaque nouvelle génération est comparable à une horde de barbares qui déferle sur notre civilisation. Une réalité illustrée avec force par le roman Sa Majesté des mouches de William Golding où des enfants livrés à eux-mêmes s’ensauvagent puis s’entre-tuent. Comment ne pas être troublé par la coïncidence de la progression des violences entre les jeunes (dont le harcèlement scolaire, qui a fait récemment une tragique victime de plus), la difficulté grandissante des enseignants à maintenir l’ordre dans leur classe, avec celle d’un pédagogisme considérant l’idée même de discipline comme un crime ? La correspondance est troublante entre la furie progressiste et le recul des règles les plus élémentaires de respect et de savoir-vivre. Ne plus rien imposer aux jeunes, ne plus leur permettre de grandir par les cadres qui sont donnés, voilà la vraie violence que l’on fait aujourd’hui aux enfants que l’on renonce à civiliser.

Il peut enfin paraître paradoxal d’insister toujours plus sur la liberté de l’enfant en réduisant constamment celle des adultes. Mais ce n’est pas vraiment étonnant si l’on y réfléchit bien : notre société devrait être faite pour des adultes et ceux qui ont vocation à le devenir. Au lieu de cela, par choix idéologique, elle nous considère tous comme d’éternels mineurs placés sous l’autorité paternelle d’un État qui interdit, surveille et punit.

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mardi 16 juillet 2019

Roberge modifie à la marge ses restrictions imposées à l'instruction à domicile


Le ministre Jean-François Roberge a légèrement modifié son règlement sur l’école à la maison pour répondre à quelques critiques de parents qui trouvaient les nouvelles règles imposées bien trop contraignantes.

L’obligation pour les enfants scolarisés à la maison de passer les examens ministériels est repoussée d’un an, de juin 2020 à juin 2021. Les commissions scolaires devront offrir gratuitement des activités de préparation aux épreuves ministérielles. Dès l’été 2020, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur devra aussi rendre disponibles aux parents des documents préparatoires aux épreuves qu’il impose.

Le règlement modifié prévoit que l’enfant soit exempté des examens ministériels « si celui-ci est dans l’impossibilité de se présenter aux séances tenues à cette fin en raison d’une maladie ou d’autres circonstances exceptionnelles. » Cependant, une nouvelle contrainte qui ne figurait pas dans le texte présenté en mars a été ajoutée : « L’enfant qui est dans l’impossibilité de se présenter à une séance donnée doit se présenter à une autre séance. »

Les grandes lignes de la réforme du monopole de l’Éducation restent toutefois en place : le nombre de matières à enseigner augmentera dès la rentrée de cet automne, des agents du ministère de l’Éducation rencontreront les élèves à la maison pour s’assurer qu’ils suivent le programme, et les examens ministériels deviendront obligatoires en dépit de l’opposition de groupes de parents.

Rien ne semble indiquer à ce stade la moindre souplesse dans le type d’examens permis et qui les fait passer. Ainsi, il semble bien que des enfants qui suivent le programme du CNED (enseignement officiel français à distance) soient obligés d’également passer les examens du Monopole de l’Éducation du Québec alors que les matières sont vues à un rythme différent, selon des terminologies différentes et des pédagogies différentes.

« Ces modifications permettront d’éviter que des enfants déclarés en enseignement à la maison ne soient assujettis à des contenus d’apprentissage minimalistes », a indiqué lundi le ministre Jean-François Roberge dans un communiqué. M. Roberge oublie de mentionner le désagrément que cela cause à d’autres familles qui ont fait d’autres choix que le programme du monopole de l’Éducation du Québec. Mais en vieil instituteur qui défend sa paroisse, il ne semble pas pouvoir imaginer que d’autres manières de faire existent.

Au cours de la dernière session parlementaire, il a affirmé que des centaines d’enfants passent à travers les mailles du système, hors de l’écran radar du ministère de l’Éducation. Les parents risquent cependant de se cacher davantage s’ils n’ont pas le choix de pédagogie et d’évaluateur. Un parent nous a indiqué qu’il avait déjà pris des dispositions pour que son fils quitte le Québec pendant l’année scolaire prochaine.

M. Roberge prétend également que son nouveau règlement vise à encadrer non seulement l’enseignement à la maison, mais aussi les écoles illégales, notamment religieuses. On aimerait savoir lesquelles puisque les yéchivas juives qui ont tant défrayé la chronique ne sont pas illégales, mais des petits séminaires et donc non assujettis à la loi sur l’instruction publique (ou privée) selon le juge Dugré

Aucun journaliste ne semble être assez curieux pour poser la question au ministre, se contentant de recopier les communiqués émanant du Monopole sans sourciller (voir les « mieux encadrés », plutôt que « davantage surveillés » et les « en laissant la flexibilité nécessaire » alors qu’il faudrait le démontrer, les associations de parents qui instruisent leurs enfants à la maison ne semblent pas le penser !) En outre, il faudrait démontrer que cette bureaucratie et ces contraintes supplémentaires sont efficaces, or cela ne semble pas évident : les États les plus tatillons dans la surveillance de l’instruction à domicile n’obtiennent pas de meilleurs résultats que ceux plus souples.

Enfin, il est facile pour M. Roberge de bomber le torse contre des parents très minoritaires afin de paraître dur (mais juste à ses yeux doit-on croire) sans régler les problèmes de fond qui affectent nettement plus de gens : l’école québécoise est médiocre au niveau de l’enseignement de la culture générale, trop de garçons dans les écoles décrochent encore, les parents n’ont pas vraiment le choix de programme puisque celui du ministère s’impose à tous (ce n’est évidemment pas le cas dans de nombreux pays en commençant par la France).

Le diagnostic de M. Roberge candidat... Ministre, il veut désormais que les parents imitent cette école qui diplôme des « analphabètes » ?

Christine Perry, mère d’une fillette de neuf ans scolarisée à la maison, est partiellement satisfaite des concessions faites par le ministre Roberge.

« Ce que le ministre considère comme des contenus d’apprentissage minimalistes, c’est une pédagogie qu’il ne comprend pas », a réagi au Devoir cette militante du Réseau des écoles démocratiques au Québec (REDAQ) et du Front de solidarité pour la liberté éducative.

Elle a hâte de voir le texte modifié du règlement, qui sera publié dans la Gazette officielle du Québec du 17 juillet. Elle surveillera la façon dont le ministre obligera l’enseignement de disciplines supplémentaires — ou de compétences. « On pourra voir à ce moment-là s’il a vraiment été à l’écoute des parents », dit Christine Perry.

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Un État tatillon en éducation est-ce mieux ?

Le ministre Roberge : « l’État québécois veillerait plus que jamais à ce que chaque jeune reçoive une éducation adéquate. »


lundi 15 juillet 2019

« Unplanned, Un tissu de mensonges » : le journalisme uniquement à charge (m à j)

La pression médiatique ne se relâche pas sur le film Unplanned. Malgré la campagne médiatique et politique contre les cinémas Guzzo qui diffusent Unplanned au Québec, peu de gens se sont mobilisés contre la projection de ce film : Groupuscule manifeste devant cinéma qui projette Unplanned, Radio-Canada sur place pour couvrir l’« événement ».

[Mise à jour : recettes pour la première fin de semaine, selon le distributeur

Sur 49 écrans au Canada, recettes de démarrage de 345.000 $
vendredi, 12 juillet brut (estimation) : 135.000 $
samedi,  13 juillet brut (estimation) : 110.000 $
dimanche, 14 juillet (estimation) : 100.000 $
soit une moyenne de 7.041 $ par écran.]

Isabelle Hachey de La Presse en rajoute une couche aujourd’hui et intitule sans ambages son article sur Unplanned « Un tissu de mensonges ». Elle reprend les critiques (peut-être fondées) à l’égard du témoignage d’Abby Johnson. L’ennui c’est que son article est uniquement à charge et qu’il ne reprend que les arguments des partisans pro-avortement sans jamais ne fût-ce qu’évoquer les réponses d’Abby Johnson aux diverses accusations.

Puisque l’information n’est pas facile à obtenir en français, voici notre traduction de la notice Wikipédia sur Abby Johnson uniquement disponible en anglais, elle comprend des éléments que Mme Hachey aurait dû relater. Nous avons aussi précisé, résumant des articles de presse sourcés, quelques points comme le 3 % que représenteraient les avortements pour Planned Parenthood ou la nature des documents produits par Planned Parenthood pour affirmer qu’aucun avortement du type décrit par Abby Johnson n’aurait eu lieu le jour donné.

Abby Johnson devant l’organisation
espagnole HazteOir en 2015.


Jeunesse

Abby Johnson a grandi à Rockdale, au Texas. Elle est diplômée de la Rockdale High School. Elle a obtenu un baccalauréat ès sciences en psychologie de la Texas A and M University et une maîtrise ès arts en conseil de la Sam Houston State University [2].

Emploi à Planned Parenthood

Bien qu’élevée dans une famille conservatrice opposée à l’avortement, Johnson a commencé à faire du bénévolat pour Planned Parenthood après avoir vu leur stand à une foire du bénévolat dans son université [3]. Elle dit n’avoir jamais entendu parler du groupe auparavant et ne pas avoir su qu’on y pratiquait des avortements et que Planned Parenthood lui a dit alors qu’ils voulaient réduire le nombre d’avortements [3]. Johnson y a fait du bénévolat en 2001 et a accédé par la suite au poste de directrice des services communautaires. Se disant alors « extrêmement pro-choix », elle a travaillé pendant huit ans à la clinique Planned Parenthood de Bryan, au Texas, escortant les femmes de leur voiture à la clinique et finissant par en occuper le poste de directrice [4]. Johnson a régulièrement rencontré des militants de la Coalition pour la vie (désormais connue sous le nom de 40 Jours pour la vie), un groupe local pro-vie qui manifestait devant la clôture de la clinique et a décrit le harcèlement généralisé du personnel de la clinique par ces activistes anti-avortement [5]. Décrivant des menaces de mort proférées contre elle-même et sa famille, elle a déclaré : « C’est très effrayant, ce groupe de personnes qui prétendent être ces guerriers de la prière pacifiques, ou peu importe comment ils s’appellent, c’est ironique que certains envoient des menaces de mort. »[5] La clinique de Planned Parenthood familiale a nommé Johnson comme employée de l’année en 2008 [5].

Démission

Johnson affirme qu’en septembre 2009, elle avait été appelée à participer à un avortement sous échographie à 13 semaines de gestation. Elle a dit qu’elle était déconcertée de voir à quel point l’image échographique ressemblait à celle de sa propre fille. Johnson, qui croyait auparavant que les fœtus ne pouvaient rien ressentir lors de l’avortement, a déclaré avoir vu le fœtus se tortiller et se tordre pour éviter l’aspirateur utilisé pour l’avortement. [6]

« Un bref instant, écrit-elle dans sa biographie Unplanned, le bébé ressemblait à torchon que l’on tord, tournoie et essore. Ensuite, il s’est recroquevillé et a commencé à disparaître dans la canule sous mes yeux. La dernière chose que j’ai vue était la minuscule colonne vertébrale parfaitement formée aspirée dans le tube, puis elle disparut. »[7]

Johnson a continué à travailler à la clinique pendant encore 9 jours, mais elle a rapidement rencontré Shawn Carney, chef de l’organisme local Coalition pour la vie qu’elle avait souvent rencontré après ses années d’activisme contre Planned Parenthood. Elle lui a dit qu’elle ne pourrait plus continuer à aider les femmes à se faire avorter. Elle a démissionné le 6 octobre 2009. [6]

Après sa démission, Johnson a déclaré que ses patrons avaient fait pression sur elle pour qu’elle augmente leur chiffre d'affaires en pratiquant de plus en plus d’avortements à la clinique. [4] Johnson a reconnu qu’elle ne pouvait pas produire d’ordres écrits pour prouver ses allégations et a estimé que chaque avortement dégageait un bénéfice de 350 $ pour la clinique  [4].

Un article sur Salon.com a mis en doute les déclarations de Johnson au sujet des incitations financières à pratiquer des avortements, affirmant que l’avortement ne représente que 3 % des services de Planned Parenthood. [5] [Ce chiffre est trompeur. Il s’agit du nombre d’interventions pas des revenus tirés par chaque type d’interventions. Lire à ce sujet For Planned Parenthood abortion stats, “3 percent” and “94 percent” are both misleading (Washington Post) « Si l’on compte chaque service de manière égale, les avortements représentent 3 % du total du nombre de services prestés par Planned Parenthood. Mais il existe des différences évidentes entre ces services. Ainsi, un avortement au premier trimestre peut-il coûter jusqu’à 1 500 dollars, selon le site Web Planned Parenthood. Pourtant, une pilule contraceptive d’urgence coûte environ 45 dollars et un test urinaire de grossesse ne coûte qu’environ 10 dollars dans une pharmacie. [...] Bien que chaque service soit répertorié séparément, de nombreux clients ont reçu plusieurs services lors d’une même visite. Une femme peut passer un test de grossesse, recevoir des contraceptifs et un dépistage du cancer du col utérin lors d'une visite, mais elle serait comptée trois fois, une fois pour chaque service, dans le rapport annuel. »]

La description de Johnson de sa conversion a été remise en question. Planned Parenthood a déclaré que ses dossiers indiquent qu’aucun avortement guidé par échographie n’avait été pratiqué à la date à laquelle Johnson a déclaré avoir été témoin de la procédure. Le médecin qui pratiquait les avortements à la clinique Bryan a déclaré qu’on n’avait jamais demandé à Johnson d’aider lors d’un avortement. Bien que Johnson ait déclaré que l’avortement concernait un fœtus âgé de 13 semaines, les dossiers de la clinique Bryan ne montrent aucun avortement de ce type pratiqué à la date en question. [8] En réponse, Johnson a déclaré que les données communiquées aux médias par Planned Parenthood n’étaient pas les formulaires officiels de « notification d’avortement provoqué » envoyés au Ministère de la Santé du Texas et que même ces formulaires officiels ne documentaient pas l’utilisation de l’échographie pour guider un avortement. Elle attribue l’absence de dossier relatif à un avortement de fœtus âgé de 13 semaines à la mauvaise tenue des dossiers de Planned Parenthood et à une possible manipulation de la part de l’organisme, et note que l’organisation n’a pas directement tenté de réfuter le fait que l’événement s’est produit, y compris lorsqu’ils l’ont poursuivie en justice. [9]

Selon une requête en justice déposée par Planned Parenthood, Johnson a été soumise à un « plan d’amélioration des performances » quatre jours avant sa démission. La requête soutient que, à la suite de cela, elle a été vue en train de « retirer des articles » de la clinique et de copier des « dossiers confidentiels ». Elle aurait fourni donné le curriculum vitae, l’adresse du domicile et le numéro de téléphone d’un médecin qui pratique des avortements à la Coalition pour la vie. [5] Planned Parenthood s’est vu accorder une ordonnance de restriction temporaire à l’encontre de Johnson et de la Coalition pour la vie après la démission de Johnson. [4] L’ordonnance a été levée par un tribunal une semaine plus tard [10]. Johnson elle-même a déclaré que le « plan d’amélioration de la performance » était dû à sa réticence à augmenter le nombre d’avortements pratiqués dans son établissement. Johnson nie également les accusations selon lesquelles elle aurait dérobé, copié ou distribué des informations confidentielles et a indiqué dans son livre que son avocat les avait réfutées au moment de la levée de l’ordonnance de restriction temporaire [7].

L’histoire de Johnson a fait l’objet d’une couverture nationale à partir de novembre 2009, date à laquelle elle a été adoptée par le mouvement anti-avortement et comparée à Norma McCorvey, la « Jane Roe » de Roe v. Wade, la Cour suprême des États-Unis qui a légalisé l’avortement en 1973. McCorvey a rejoint le mouvement anti-avortement en 1995 [11].

Activisme pro-vie

Peu de temps après sa démission, Johnson a commencé à faire du bénévolat auprès de la Coalition pour la vie, celle-là même qui priait régulièrement devant son ancienne clinique. [12]

Depuis, Johnson a adopté une éthique de vie cohérente, s’opposant non seulement à l’avortement — dans tous les cas [13] — mais également à la peine de mort et à l’euthanasie [14]. Elle préconise la planification familiale naturelle au lieu de toute forme de régulation des naissances artificielle. [13]

Johnson est l’auteur de deux livres. Unplanned [Imprévu], publié en janvier 2011, détaille son travail chez Planned Parenthood et sa conversion en opposition à l’avortement ; le livre est la base d’un film sorti en mars 2019. [15][16] The Walls Are Talking: Former Abortion Clinic Workers Tell Their Stories [Les murs parlent : d’anciennes travailleuses des cliniques d’avortement racontent leurs histoires, recension en français ici], publiées en 2016, raconte l’histoire d’anciennes travailleuses de ces cliniques convaincues par son ministère.

Johnson dirige un ministère anti-avortement, Et il n’en resta plus aucun [dernière ligne d’une comptine] (ATTWN). L’organisme cherche à aider les travailleurs des cliniques d’avortement à quitter ce secteur. ATTWN a été fondée en 2012. [17]

Johnson a participé à la Marche des femmes 2017 à Washington, DC, le 21 janvier 2017. [18][19]

Vie privée

Johnson a révélé en janvier 2011 qu’elle avait elle-même eu deux avortements avant la naissance de sa fille [6]. Elle vit au Texas avec son mari Doug [2] et leurs sept enfants [20].

Johnson a été élevée en tant que baptiste du Sud, mais a quitté cette église parce qu’elle réprouvait son travail à Planned Parenthood. Elle et son mari Doug, qui a grandi dans la religion luthérienne, ont complètement cessé de fréquenter l’église pendant deux ans avant de se joindre à l’Église épiscopale, qui a l’une des positions les plus libérales en matière d’avortement parmi toutes les confessions protestantes historiques. Après avoir annoncé publiquement sa conversion au mouvement pro-vie, Johnson a déclaré qu’elle ne se sentait plus la bienvenue dans cette église. [21] Elle et son mari se sont convertis au catholicisme en 2012. [22]



[3] Drake, Tim. « Ce qu’Abby Johnson a vu au planning familial ». National Catholic Register. Archivé de l’original le 14 juillet 2011. Consulté le 2011-07-02.

[4] Abrams, Joseph (2 novembre 2009). « La directrice de la planification familiale quitte son poste après avoir observé un avortement par échographie ». Fox News. Archivé de l’original le 29 juin 2011. Consulté le 30 juin 2011.

[5] Clark-Flory, Tracy (3 novembre 2009). “La conversion d’une guerrière pro-choix”. Salon.com. Récupéré le 8 avril 2011.

[6] Mann, Benjamin. « Abby Johnson révèle les détails de son volte-face pro-vie et de sa conversion catholique ». Agence de presse catholique. Récupéré le 2011-07-02.

[7] Johnson, Abby (2011). Unplanned [Imprévu]. SaltRiver. ISBN 978-1-4143-3939-9.

[8] Blakeslee, Nate (février 2010). « La convertie ». Texas Monthly. Récupéré le 30 juin 2011. « La clinique Bryan a annoncé avoir pratiqué 15 avortements chirurgicaux le 26 septembre. Johnson a toujours dit que la patiente en question était enceinte de treize semaines, ce qui est plausible, car treize semaines sont sur le moment où l’on commence à utiliser l’échographie pour faciliter l’opération. Toutefois, aucune des patientes reprises dans les dossiers de ce jour-là n’était enceinte de treize semaines ; en fait, aucune n’était au-delà de dix semaines. »

[9] Johnson, Abby (8 avril 2019). « J’ai vraiment vu un avortement guidé par ultrasons qui m’a rendu pro-vie ». Le fédéraliste. Récupéré le 13 avril 2019. [Johnson critique ici le document de Planned Parenthood qui affirmerait qu’aucun avortement de 13 semaines n’aurait eu lieu le jour donné, mais ce n’est en rien le document réglementaire transmis au Ministère [Induced Abortion Report Form] dont le format est tout autre. Ce « mauvais document Excel » est la seule base de l’article de Texas Monthly [8 ci-dessus], une publication progressiste, reprise ensuite par toutes les journalistes de la même eau, comme Isabelle Hachey de La Presse.]

[10] « Levée de l’injonction contre le directeur de la planification familiale de l’ex-centre du Texas ». Kwtx.com. 2009-11-11. Archivé de l’original le 13 juillet 2011. Consulté le 2 juillet 2011.

[11] Dorning, Anne-Marie (2009-11-05). « La directrice de la clinique de planification familiale se joint à organisme Pro-Vie ». ABC News. Archivé de l’original le 28 juin 2011. Consulté le 2011-07-02.

[12] Allen, Nick (2009-11-02). « Le responsable de Planned Parenthood démissionne après avoir vu l’échographie de l’avortement ». Le Daily Telegraph. Récupéré le 2011-07-02.

[13] Abby Johnson (5 août 2014). « Questions fréquemment posées ». Facebook.

[14] « Abby Johnson. Consistent » (PDF). wix.com. Récupéré le 29 mars 2019.

[15] Nolasco, Stephanie (2019-02-25). « La militante pour la vie, Abby Johnson, réagit à la note R du film anti-avortement : » Nous repoussons les limites « . » Fox News. Récupéré le 26 mars 2019.

[16] Lisa Bourne (31 janvier 2019), « REGARDEZ : bande-annonce publiée pour le film “Unplanned” sur la conversion pro-vie d’Abby Johnson », LifeSiteNews.

[17] « AbortionWorker ». abortionworker.com. Récupéré le 29 mars 2019.

[18] Green, Emma (16 janvier 2017). Ces femmes pro-vie se dirigent vers la marche des femmes à Washington : y a-t-il une place dans le mouvement pour les personnes qui s’opposent moralement à l’avortement ?, L’Atlantique. Récupéré le 18 janvier 2017.

[19] « Les femmes anti-avortement qui continuent de marcher ».

[20] « Merci d’être passé ». AbbyJohnson.org. Extrait 2019-04-07.

[21] Duin, Julia (2009-11-13). « Ancienne directrice de la clinique : une église frileuse à mon revirement pro-vie ». Le Washington Times. Récupéré le 2011-07-02.

[22] « Abby Johnson — Ancienne baptiste et épiscopalienne ». Le réseau Coming Home. 2019-01-22.



Voir aussi

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Silence médiatique embarrassé autour d’un avortoir...

Avortement — « le débat est clos » selon les médias et l’intelligentsia autoproclamée

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dimanche 14 juillet 2019

Violence entre partenaires intimes : les hommes plus souvent victimes

Alexandra Lysova, criminologue à l’université Fraser, collabore avec les plus grands chercheurs du monde entier depuis qu’elle a commencé, il y a presque 20 ans, à enquêter sur la violence conjugale.


Lysova a épluché les données de l’Enquête sociale générale au Canada sur la violence entre partenaires intimes (VPI). Elle et ses collègues ont découvert que 418 000 hommes et 341 000 femmes canadiens déclarent avoir été victimes de violence conjugale physique ou sexuelle.

Aux côtés de Eugene Emeka Dim, étudiant au doctorat à l’Université de Toronto, Lysova a présenté ses conclusions début juin au grand congrès des sciences humaines de l’Université de Colombie-Britannique.

L’exposé du duo s’intitulait « Les réalités cachées de la victimisation des hommes et des garçons ». Il s’appuyait sur leurs travaux et ceux de collègues, publiés dans diverses revues spécialisées, sur un phénomène qui -- ils le comprennent désormais -- se produit dans de nombreux pays.


Le Graphique indique le pourcentage de femmes et d’hommes canadiens qui ont subi différents types de violence physique domestique (Source : Alexandra Lysovo, d’après les données de l’Enquête sociale générale du Canada)

Lysova sait que le type de données qu’elle et son collègue découvrent peut déranger certaines personnes, qui ne veulent pas voir les informations sur l’angoisse des hommes utilisées pour éroder les programmes mis en place pour les femmes victimes de violence. Mais Lysova souligne que les femmes ne doivent pas être les seules à bénéficier d’empathie.

« Il ne s’agit pas de prendre aux femmes », a déclaré Lysova dans son exposé, qui prône pour de nouvelles politiques publiques tenant compte de la diversité des expériences de maltraitance de chaque sexe.

La violence conjugale en général est en baisse au Canada.


L’Enquête sociale générale de 1999 a révélé que huit pour cent des femmes et sept pour cent des hommes canadiens ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale au cours des cinq années précédentes.

En 2014, la proportion de femmes signalant des actes de violence conjugale avait considérablement diminué, pour atteindre 3,5 %. Mais le segment de la violence conjugale contre les hommes avait diminué plus lentement, atteignant 4,2 %.

Les données canadiennes recueillies par Lysova montrent que la violence et les sévices conjugaux sont vécus de manière très différente par les femmes et les hommes (la plupart des études portent sur les couples hétérosexuels).

Selon l’Enquête sociale générale menée tous les cinq ans par Statistique Canada, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’être victimes d’agression sexuelle. Bien que le nombre de cas signalés soit relativement faible, les femmes sont également les plus susceptibles de subir des blessures physiques ou d’être victimes d’un homicide.

En revanche, la dernière enquête sociale générale a révélé que les hommes étaient beaucoup plus susceptibles de signaler que leur conjoint menaçait de frapper, leur lançait un objet dangereux, les giflait, leur donnait des coups de pied, les mordait ou les frappait du poing.

Une autre enquête sur la violence conjugale, réalisée par la psychologue américaine Denise Hines, s’est penchée sur d’autres manières dont les femmes et les hommes sont victimes de violence conjugale, notamment les  cas d’« agression judiciaire et administrative ».


Alors que M. Hines a constaté que les femmes sont plus susceptibles de déclarer avoir été traitées de tous les noms ou empêchées d’accéder au revenu familial, les conjoints de sexe masculin ont plus souvent déclaré que leur partenaire essayait de contrôler chacun de leurs mouvements ou leur refusait l’accès à leurs enfants.


Ce refus d’accès conduit à des cas d’« aliénation parentale » de plus en plus fréquents, a déclaré Lysova (ci-contre), lors desquels l’un des partenaires, en particulier après une séparation, empoisonne injustement la réputation de l’autre conjoint dans l’esprit de leurs enfants.

Les hommes et les femmes exposés à de graves abus — émotionnels ou physiques, a déclaré Lysova, sont extrêmement vulnérables à diverses formes de TSPT (trouble de stress post-traumatique), telles que l’engourdissement, l’évitement et le besoin désespéré de rester constamment sur ses gardes. Expérience que certains appellent maintenant « terrorisme intime ».

Cependant, la plupart de ces données sur la violence conjugale contre les hommes et les femmes ne sont pas connues du grand public et même de nombreux professionnels.

« Beaucoup de gens ne peuvent tout simplement pas imaginer », a déclaré Lysova, que les hommes sont également victimes de violence conjugale.

Bien que, selon Lysova, les criminologues et les psychologues canadiens soient généralement au courant de la réalité de la violence conjugale envers les garçons et les hommes, elle craint que cela ne soit pas toujours le cas de certains prestataires de services sociaux ainsi que dans les services de police.

Étant donné que ces derniers sont en première ligne lorsque des conflits domestiques se produisent, c’est l’une des raisons pour lesquelles les hommes victimes de violence conjugale ne la signalent pas souvent aux autorités (alors que davantage de femmes le font et que la plupart des statistiques citées concernant la violence domestique sont basées sur des rapports de police).

Les victimes masculines ont l’impression qu’ils ont peu de chance d’être crus par la police et par les autres professionnels, a déclaré Lysova. « Et ils ne veulent pas essuyer un refus et être victimes une seconde fois. »

Selon Lysova, de nombreux hommes sont élevés dans des cultures dans lesquelles on leur dit de ne pas se plaindre ni de pleurer et où il est perçu comme honteux d’être frappés par une femme. De nombreux hommes, a-t-elle dit, craignent qu’on se moque d’eux s’ils signalent avoir été attaqués par une femme.

Il existe également un problème structurel fondamental. Bien qu’il y ait maintenant des centaines de refuges dans tout le pays pour les femmes qui fuient la violence domestique, Lysova a déclaré : « Nous savons qu’il n’y a pas de refuges pour hommes au Canada. Où vont-ils ? »

Pour éviter que les conflits familiaux courants ne dégénèrent en violences physiques ou en abus émotionnels et financiers bien plus graves, Lysova recommande aux hommes et aux femmes de « rechercher les signaux d’alarme dans leur situation familiale ».

Les partenaires qui souhaitent se tenir à l’écart des scènes explosives de colère, a déclaré Lysova, doivent surveiller les signes d’abus de drogue ou d’alcool chez leur conjoint. Ils ont également besoin de reconnaître quand ils « vivent avec un partenaire qui veut contrôler totalement leur vie ».

Mais il est particulièrement difficile pour les hommes de remarquer quand ils vivent dans un ménage dangereux et toxique, a déclaré Lysova. « Les hommes n’aiment pas se considérer comme des » victimes « . »


Source : The Vancouver Sun


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samedi 13 juillet 2019

Histoire — Photos colorisées de la Russie (fin XIXe siècle-1961)

Nous avions déjà publié de rares photos en couleurs de la Russie impériale, en voici des colorisées par Olga Chirnina, alias Klimbim. Elles illustrent la Russie de la fin du XIXe siècle à 1961. Les couleurs sont reconstruites et peuvent parfois ne pas être exactement fidèles à la réalité, mais elles sont splendides. Cliquez sur les images pour faire apparaître une version plus grande de celles-ci.


Famille russe, région d’Ékaterinbourg, Sibérie, fin XIXe ou début XXe siècle.




Pâques au front 1916, ХВ = Христос воскрес = Le Christ est ressuscité



 Premiers passagers du nouveau métro de Moscou, 1935



Le 7e régiment de chasseurs prend la pose sur le front de l’Est, 1915


Fileuse de Carélie (mer Blanche) en 1894.


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Membres des Romanov, dernière famille impériale de Russie, en 1914. Assis (de gauche à droite) la grande-duchesse Marie, l’impératrice Alexandra, Nicolas II (au centre), la grande-duchesse Anastasia et le grand-duc Alexei (devant) et debout (de gauche à droite), la grande-duchesse Olga et la grande-duchesse Tatiana


Alexandra Feodorovna et les grandes-duchesses Olga et Tatiana dans l’hôpital militaire de Tsarskoïe Selo (1914-1917)


Paysannes russes (1914-1916)


Lycéennes, Russie impériale (1900-1917)


Le cosmonaute Youri Gagarine, mardi 11 juillet 1961


La pilote (bombardier de nuit) Natalie Mekline-Kravtsova


Léon Tolstoï avec sa femme Sophie





Ébénistes du village de Sabourovo vers 1900.



La Rue Ostojenka (улица Осто́женка) à Moscou en hiver, vers 1890.


Des ouvriers de l’usine de construction mécanique de Kramatorsk arrachent l’enseigne de la sidérurgie allemande Friedrich Krupp AG alors que la région vient d’être reprise par l’armée rouge aux forces allemandes en 1943


L’une des dernières photographies de Nicolas II, prise en mars 1917 à Tsarskoïe Selo après son abdication


La comtesse Fersen, née princesse Dolgorouky (déguisée en femme de boyard du XVIIe siècle lors d’un bal costumé en 1903 au palais d’hiver de Saint-Pétersbourg)

Une Ford-A construite en URSS, 1930



Photographe de rue dans les ruines de Varsovie (sous occupation soviétique) en 1946


Les grandes-duchesses Olga et Tatiana avec leur précepteur suisse Pierre Gilliard à Livadia en Crimée, 1911


Groupe de sœurs de la Charité dans la salle à manger pendant le dîner, communauté de Herbovets/Hîrbovăț en Moldavie actuelle, années 1900