dimanche 13 mars 2016

Le 13 mars 1682 : l’explorateur Cavelier de La Salle prend possession de la Louisiane

René-Robert Cavelier de La Salle
D’après « Histoire de la Louisiane », volume 1, par Charles Gayarré, paru en 1846 et « La Louisiane » (par Eugène Guénin) parue en 1904.

Au cours de son deuxième voyage en Nouvelle-France, René-Robert Cavelier de La Salle s’embarqua sur le Mississippi le 13 février 1682, accompagné de 22 Français et d’une trentaine d’autochtones, et parvint sans incident à l’embouchure de la rivière des Arkansas, point où les explorateurs Louis Jolliet (1645-1700) et Jacques Marquette (1637-1675), découvreurs des sources du Mississippi, s’étaient arrêtés en 1673.

L’expédition comprenait notamment un autre explorateur, le chevalier de Tonti, qui en fit le récit suivant :




« Nous descendîmes ce fleuve et trouvâmes, à six lieues au-dessous, sur la droite, une grande rivière qui vient du côté de l’Ouest. Il y a quantité de nations dessus. Nous couchâmes à l’embouchure. Le lendemain, nous passâmes au village des Tamaroas, à six lieues sur la gauche. Il n’y avait personne, tout le monde étant à l’hivernement dans les bois. Nous y fîmes nos marques, pour faire connaître aux sauvages que nous y avions passé, et continuâmes notre route jusqu’à la rivière de Ouabache [Wabash], qui est à 80 lieues de la rivière des Illinois. Elle vient de l’Est et elle a plus de 500 lieues de long. C’est par où les Iroquois viennent en guerre contre les nations du Sud. Continuant notre route, nous arrivâmes, à 60 lieues de là, à un lieu qui fut nommé le fort à Prudhomme, parce qu’un de nos gens de ce nom s’y perdit en allant à la chasse, et fut neuf jours dans le bois.

Comme on était à le chercher, on prit deux sauvages, Chicassas [Chickasaw] de nation, dont le village est à trois lieues de là, dans les terres. Ils sont nombreux de près de 2 000 combattants dont la plupart ont la tête plate. Ce qui est une beauté parmi eux, les femmes ayant soin d’aplatir ainsi la tête à leurs enfants, par le moyen d’un coussin qu’elles leur mettent sur le front et qu’elles sanglent avec une bande sur les berceaux. Ce qui leur fait prendre cette figure ; et quand ils sont grands, ils ont la face aussi grande qu’une grande assiette creuse. Toutes les nations jusqu’au bord de la mer en usent de même. M. de La Salle en envoya un avec des présents pour les porter à son village, afin que s’ils avaient Prudhomme, ils le renvoyassent. Mais nous le trouvâmes le dixième jour, et comme les Chickassas ne venaient pas, nous continuâmes notre route jusqu’au village de Capa, à 50 lieues de là.

Voyages de Cavelier de La Salle
Nous y arrivâmes par un temps de brume, et comme nous entendîmes battre le tambour, nous traversâmes à l’autre bord, où nous fîmes un fort en moins d’une demi-heure. Les sauvages, ayant été avertis que nous devions descendre, vinrent à la découverte en canot. On les fit aborder, et on envoya deux Français en otage à leur village. Le chef nous vint chercher avec le calumet, et nous fûmes chez eux.

Découverte de la Louisiane par René-Robert Cavelier de La Salle



Ils nous régalèrent pendant six jours de ce qu’ils avaient de meilleur, et, après avoir donné le calumet à M. de LaSalle, ils nous conduisirent au village des Tongangans, de leur nation, à huit lieues de Capa. Ils nous reçurent de même, et de là nous conduisirent au village des Torimans, à deux lieues de là, qui firent la même chose. Il faut remarquer que ces villages, avec un autre nommé Osotouy, qui est à six lieues sur la droite en descendant, s’appellent communément Arkansas. Les trois premiers villages sont situés sur le grand fleuve. M. de LaSalle fit arborer les armes du roi. »

C’était le 13 mars 1682 : René-Robert de La Salle plantait donc à cet endroit une croix à laquelle étaient attachées les armes royales, et prenait solennellement possession du pays au nom de la France. La cérémonie terminée — une cérémonie plus officielle aura lieu le 9 avril suivant —, l’exploration reprit son cours. On évitait soigneusement toute difficulté pouvant amener un engagement avec les indigènes qui se montraient au bord du fleuve : on leur offrait des présents contre des vivres lorsqu’ils faisaient un bon accueil aux explorateurs ; les canots s’écartaient si l’attitude des riverains était agressive. Parfois on trouvait un village, comme celui de Tangibaho, rempli de cadavres et de sang jusqu’aux chevilles. À cette vue, les Français regagnaient en toute hâte le courant qui les éloignait de pareilles scènes de meurtre, et se tenaient sur leurs gardes dans la crainte d’une surprise.

Le 6 avril, ils arrivaient enfin au delta du fleuve ; le 7, ils reconnaissaient les trois chenaux menant à la mer, et le 9, entouré de ses compagnons, le glorieux voyageur plantait sur le rivage une colonne aux armes du roi, proclamant françaises toutes les terres arrosées par le fleuve et ses affluents. Aux côtés des armes de France avait été portée cette inscription : « Louis le Grand, roi de France et de Navarre, règne le 9e avril 1682 ».

Cavelier et ses compagnons plantent une colonne aux armes du roi de France


  Jacques de La Métairie, « notaire du fort Frontenac [Kingston], en la Nouvelle-France », qui avait été établi pour exercer ladite fonction de notaire pendant le voyage de la Louisiane, par de La Salle, gouverneur du dit fort, consigna dans un procès-verbal les détails de cette inauguration. Tout le monde étant sous les armes, explique-t-il, on chanta le Te Deum, l’Exaudiat, le Domine salvum fac regem ; puis, après les salves de mousqueteries et les cris de Vive le Roi ! M. de La Salle érigea la colonne, et, debout près d’icelle, dit à haute voix en français :

« De par très haut, très puissant, très invincible et victorieux prince Louis le Grand, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, quatorzième de ce nom, ce jour d’hui, 9e avril 1682, Je, en vertu de la commission de Sa Majesté, que je tiens en mains, prêt à la faire voir à qui il pourrait appartenir, ai pris et prends possession au nom de Sa Majesté et des successeurs de sa couronne de ce pays de Louisiane, mers, havres, ports, baies, détroits adjacents, et toutes les nations, peuples, provinces, villes, bourgs, villages, mines, minières, pêches, fleuves, rivières, compris dans l’étendue de ladite Louisiane, depuis l’embouchure du grand fleuve Saint-Louis du côté de l’Est, appelé autrement Ohio, Olinghinsipou ou Chikagoua, et ce du consentement des Chaouesnons [Shawnee aujourd’hui à Paris], Chicassas [Chickasaw] et autres peuples y demeurant, avec qui nous avons fait alliance, comme aussi le long du fleuve Colbert ou Mississippi, et rivières qui s’y déchargent, depuis sa naissance au-delà du pays des Sioux ou des Nadouesioux, et ce de leur consentement et des Ototantas, Illinois, Matsigameas, Arkansas, Natchez, Koroas, qui sont les plus considérables nations qui y demeurent, avec qui nous avons fait alliance par nous ou gens de notre part, jusqu’à son embouchure dans la mer ou golfe du Mexique, environ les 27 degrés d’élévation du pôle septentrional jusqu’à l’embouchure des Palmes, sur l’assurance que nous avons eue de toutes ces nations que nous sommes les premiers Européens qui aient descendu ou remonté ledit fleuve Colbert ».

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