jeudi 29 janvier 2015

Échelle des traitements des instituteurs du Québec


Les salaires des instituteurs (du primaire donc) au Québec se répartissent selon 17 échelons salariaux.


Notez que, même en n’indexant pas le traitement associé à chacun des échelons, le salaire des professeurs (et donc la masse salariale) peut augmenter : il suffit que les professeurs passent à un échelon supérieur.

Source

Échelles salariales : Commissions scolaires (graphique via Antagoniste)

Poésie contemporaine — Tombeau pour une touriste innocente


Tombeau pour une touriste innocente de Philippe Muray.

En musique (texte écourté) :



Dans le style emphatique de Lucchini (texte plus long)




Tombeau pour une touriste innocente

Rien n'est jamais plus beau qu'une touriste blonde
Qu'interviouwent des télés nipponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d'un pirate aux façons très courtoises

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n'avait du monde qu'une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

Point de lieu à la ronde qui ne fût excursion
Rien ici ou là-bas qui ne fût évasion
Pour elle les pays étaient terres de passion
Et de révélation et de consolation

Pour elle les pays étaient terres de loisirs
Pour elles les pays n'étaient que communion
On en avait banni les dernières séditions
Pour elle toutes les terres étaient terres de plaisir

Pour elle les nations étaient lieux d'élection
Pour elle les nations n'étaient que distraction
Pour elle les nations étaient bénédiction
D'un bout du monde à l'autre et sans distinction

Toute petite elle disait avoir été violée
Par son oncle et son père et par un autre encore
Mais elle dut attendre ses trente et un balais
Pour revoir brusquement ce souvenir éclore

Elle avait terminé son second CDD
Mais elle envisageait d'autres solutions
Elle voulait travailler dans l'animation
Pour égayer ainsi nos fêtes de fin d'année

Elle cherchait à présent et pour un prix modique
À faire partout régner la convivialité
Comme disent les conseils en publicité
Elle se qualifiait d'intervenante civique

Elle avait pris contact avec plusieurs agences
Et des professionnels de la chaude ambiance
Elle était depuis peu amie d'un vrai artiste
Musicien citoyen jongleur équilibriste

Grand organisateur de joyeuses sarabandes
Le mercredi midi et aussi le samedi
Pour la satisfaction des boutiques Godassland
Créateur d'escarpins cubistes et nabis

Elle aussi s'entraînait à des tours rigolos
En lançant dans les airs ses propres godillots
Baskets bi-matières à semelles crantées
Les messages passent mieux quand on s'est bien marré

Au ministère social des Instances drolatiques
Elle avait exercé à titre de stagiaire
L'emploi de boîte vocale précaire et temporaire
Elle en avait gardé un souvenir érotique

Elle avait également durant quelques semaines
Remplacé une hôtese de chez Valeurs humaines
Filiale fondamentale de Commerce équitable
Où l'on vend seulement des objets responsables

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l'art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

Tee-shirts Andrée Putman et gabardines de Storck 
Et pendentifs Garouste et pochettes d'Aristorque 
Soquettes respectueuses amulettes charitables 
Objets de toutes sortes et toujours admirables 

Étoles alternatives et broches-tolérance 
Et bracelets-vertu et tissus-complaisance 
Et blousons-gentillesse et culottes-bienveillance
Consommation-plaisir et supplément de sens

Café labellisé bio-humanisé
Petits poulets de grain ayant accès au pré
Robes du Bangladesh jus d'orange allégé
Connotation manouche complètement décalée

Sans vouloir devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu'on peut acheter plus juste
Et que l'on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

Et qu'il faut exiger sans cesse et sans ambage
La transparence totale dedans l'étiquetage
Comme dans le tourisme une pointilleuse éthique
Transformant celui-ci en poème idyllique

À ce prix seulement loin des sentiers battus
Du vieux consumérisme passif et vermoulu
Sort-on de l'archaïque rôle de consommateur
Pour s'affirmer enfin vraiment consom’acteur

Elle faisait un peu de gnose le soir venu
Lorsqu'après le travail elle se mettait toute nue
Et qu'ayant commandé des sushis sur le Net
Elle les grignotait assise sur la moquette

Ou bien elle regardait un film sur Canal-Plus
Ou bien elle repensait à ses anciens amants
Ou bien elle s'asseyait droit devant son écran
Et envoyait des mails à des tas d'inconnus

Elle disait je t'embr@sse elle disait je t'enl@ce
Elle faisait grand usage de la touche arobase
Elle s'exprimait alors avec beaucoup d'audace
Elle se trouvait alors aux frontières de l'extase

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provocants simplement émouvants

Elle aimait que les livres soient de la dynamite
Qu'ils ruinent en se jouant jusqu'au dernier des mythes
Ou bien les reconstruisent avec un certain faste
Elle aimait les auteurs vraiment iconoclastes

Elle voulait trois bébés ou même peut-être quatre
Mais elle cherchait encore l'idéal géniteur
Elle n'avait jusqu'ici connu que des farceurs
Des misogynes extrêmes ou bien d'odieux bellâtres

Des machistes ordinaires ou extraordinaires
Des sexistes-populistes très salement vulgaires
Des cyniques égoïstes des libertins folâtres
Ou bien des arnaqueurs elle la trouvait saumâtre

Elle se voyait déjà mère d'élèves impliquée
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

Qui se cachent derrière leur prétendu savoir
Faute d'appréhender un monde en mutation
Qui sans doute a pour eux l'allure d'un repoussoir
Quand il offre à nos yeux tant de délectations

Comme toutes les radasses et toutes les pétasses
Comme toutes les grognasses et toutes les bécasses
Elle adorait bien sûr Marguerite Durasse
De cette vieille carcasse elle n'était jamais lasse

Elle s'appelait Praline mais détestait son nom
Elle voulait qu'on l'appelle Églantine ou Sabine
Ou bien encore Ondine ou même Victorine
Ou plutôt Proserpine elle trouvait ça mignon

Elle faisait un peu de voile et d'escalade
Elle y mettait l'ardeur qu'on mettait aux croisades
Elle se précipitait sous n'importe quelle cascade
Elle recherchait partout des buts de promenade

Chaque fois qu'elle sortait avec une copine 
Elle se maquillait avec beaucoup de soin 
Soutien-gorge pigeonnant et perruque platine
Encore un coup de blush pour rehausser son teint 

Orange fruité Fard Pastèque de chez Guerlain 
Bottines en élasthane blouson cintré zippé 
Sac pochette matelassé et bracelet clouté 
Ou alors pour l'hiver une une veste en poulain 

Ou un top manches fendues en jersey de viscose 
Jupe taille élastiquée en voile de Lurex 
Tunique vietnamienne décorée de passeroses 
Sans rien dessous bien sûr pas même un cache-sexe

Elle disait qu'il fallait réinventer la vie
Que c'était le devoir d'un siècle commençant
Après toutes les horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s'était déjà bien investie

De temps en temps chez elle rue des Patibulaires 
Elle mobilisait certains colocataires 
Afin d'organiser des séances de colère 
Contre l'immobilisme et les réactionnaires 

Elle exigeait aussi une piste pour rollers
Deux ou trois restaurants à thème fédérateur
L'installation du câble et d'un Mur de l'Amour
Où l'on pourrait écrire je t'aime sans détour

Elle réclamait enfin des gestes exemplaires 
D'abord l'expulsion d'un vieux retardataire 
Puis la dénonciation du voisin buraliste 
Dont les deux filles étaient contractuelles lepénistes 

Le Jour de la Fierté du patrimoine français
Quand on ouvre les portes des antiques palais
Elle se chargeait d'abord de bien vérifier
Qu'il ne manquait nulle part d'accès handicapés

Qu'il ne manquait nulle part d'entrées Spécial Grossesse
Qu'il ne manquait nulle part d'entrées Spécial Tendresse
Qu'on avait bien prévu des zones anti-détresse
Qu'il y avait partout des hôtesses-gentillesse

Faute de se faire percer plus souvent la forêt
Elle avait fait piercer les bouts de ses deux seins
Par un très beau pierceur sans nul doute canadien
Qui des règles d'hygiène avait un grand respect

Avec lui aucun risque d'avoir l'hépatite B
Elle ne voulait pas laisser son corps en friche
Comme font trop souvent tant de gens qui s'en fichent
Elle pensait que nos corps doivent être désherbés

Elle croyait à l'avenir des implants en titane 
Phéromones synthétiques pour de nouveaux organes 
Elle approuvait tous ceux qui aujourd'hui claironnent 
Des lendemains qui greffent et qui liposuccionnent 

Elle avait découvert le théâtre de rues 
Depuis ce moment-là elle ne fumait plus 
Elle pouvait à nouveau courir sans s'essouffler 
Elle n'avait plus honte maintenant de s'exhiber 

Elle attendait tout de même son cancer du poumon 
Dans dix ou quinze années sans se faire trop de mouron 
Elle préparait déjà le procès tâtillon 
Qu'elle intenterait alors aux fabricants de poison

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s'était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

Elle avait parcouru l'Inde le Japon la Chine
La Grèce l'Argentine et puis la Palestine
Mais elle refusait de se rendre en Iran
Du moins tant que les femmes y seraient mises au ban

L'agence Operator de l'avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants 
Elle en avait relevé près d'une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants 

On lui avait parlé d'un week-end découverte
Sur l'emplacement même de l'antique Atlantide
On avait évoqué une semaine à Bizerte
Un pique-nique à Beyrouth ou encore en Floride

On l'avait alléchée avec d'autres projets
Une saison en enfer un été meurtrier 
Un voyage en Hollande ou au bout de la nuit
Un séjour de trois heures en pleine Amazonie

Cinq semaines en ballon ou sur un bateau ivre
À jouir de voir partout tant de lumières exquises
Ou encore quinze jours seule sur la banquise
Avec les ours blancs pour apprendre à survivre

Une randonnée pédestre dans l'ancienne Arcadie
Un réveillon surprise en pleine France moisie
Une soirée rap dans le Bélouchistan profond
Le Mexique en traîneau un week-end à Mâcon

Elle est morte un matin sur l'île de Tralâlâ
Des mains d'un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C'était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences mêmes n'étaient que virtuelles




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dimanche 25 janvier 2015

États-Unis : Vaste majorité d'Américains (70 %) pour plus de choix scolaire

La firme de sondage Beck Research a effectué un sondage auprès des Américains pour connaître leur opinion sur la liberté scolaire aux États-Unis. Dans son communiqué, la firme affirme que « Le sondage montre clairement un large soutien, parmi les sympathisants des deux grands partis politiques, pour un supplément de choix scolaire. Tout fonctionnaire — ou candidat potentiel aux élections présidentielles — qui ignore ces chiffres le fait à ses risques et périls ».


Cinq principaux résultats de sondage :

• 69 pour cent d’appui pour le concept de choix de l’école, y compris 45 pour cent qui appuient fortement la liberté de choix, alors que 27 pour cent s’y opposent.

• 76 pour cent de soutien des écoles à charte publique, avec seulement 20 pour cent s’y opposer.

• 54 pour cent des personnes interrogées croient que donner aux parents plus latitude dans le choix de leur école permettra d’améliorer le système d’éducation.

• 65 pour cent croient que le choix et la concurrence entre les écoles améliorent l’éducation.

• 62 pour cent croient qu’il faut améliorer de façon importante la manière dont les écoles publiques sont gérées.

Source


Voir aussi

Les Québécois veulent plus de choix scolaires, des bons d’étude et que le cours ECR soit optionnel ou aboli


Les écoles à charte monopolisent les meilleures places aux États-Unis

ECR — « Des cerveaux lavés, lavés »


Chronique de Richard Martineau de ce dimanche :

On dit – avec raison – que les écoles religieuses endoctrinent les enfants en leur enfonçant toutes sortes de sornettes dans la tête.

Mais on parle très peu des séances de lavage de cerveau qui se déroulent quotidiennement dans les écoles non confessionnelles.

Pourtant, cet endoctrinement est tout aussi pernicieux...

La religion, c’est sacré

Je parle du cours d’éthique et culture religieuse qui a remplacé l’enseignement moral dans l’ensemble des écoles de la province en 2008. [Note du carnet : S’il n’y avait que lui ! Il existe de nombreux cours à contenu idéologique comme le programme d'Univers social (histoire, éducation à la citoyenneté) et même des matières comme le français ou l’anglais peuvent servir à passer des contenus idéologiques. Pour ne pas parler des activités organisées par l’école.]

Vous avez parlé à des enfants qui ont suivi ce cours depuis sept ans ?

Ils considèrent toute critique de la religion comme une insulte et toute critique d’une religion autre que le catholicisme comme une insulte raciste.

Ils ont complètement intériorisé le credo multiculturaliste.

Pour eux, la religion, c’est sacré. On ne rigole pas avec ça.

Se moquer d’une religion, c’est comme se moquer de l’apparence physique d’une personne, de sa race, de sa culture, de son orientation sexuelle.

On se demande quelle est la meilleure façon de combattre l’endoctrinement, ces temps-ci. Comment empêcher les jeunes de tomber dans les griffes d’une secte, d’un groupe radical...

Et si on commençait par encourager le sens critique chez les jeunes ? Leur apprendre à remettre les dogmes en question ?

L’intolérance laïque

En 2009, Joëlle Quérin, sociologue et chercheuse associée à l’Institut de recherche sur le Québec, a publié une étude sur le fameux cours d’éthique et de culture religieuse.

« Après avoir suivi le cours d’éthique et de culture religieuse pendant 10 ans, les élèves n’auront pas de grandes connaissances sur les religions, mais une chose est sûre : aucun accommodement ne leur paraîtra déraisonnable ! » affirmait la jeune chercheuse.

« Le programme doit inculquer le respect absolu de toute position religieuse... »

Eh bien, sept ans plus tard, nous y sommes. L’endoctrinement a eu lieu.

On se retrouve maintenant avec une génération d’enfants qui se scandalisent et crient au racisme dès que quelqu’un, quelque part, ose critiquer une religion.

La laïcité, pour eux, est une forme d’intolérance. Et le relativisme (tout s’équivaut, tout se vaut), une religion.

À quand un cours visant à enseigner la libre pensée et l’esprit critique ? [Note du carnet : toutes les formations endoctrinent sans doute un peu les élèves, en leur inculquant des valeurs qui doivent être acceptées. La question est de savoir pourquoi des fonctionnaires devraient décider de ces valeurs pour tous les parents.]

On dit que l’école sert à former de futurs citoyens.

Mais quelle sorte de citoyens voulons-nous, justement ? Des gens qui gobent passivement tout ce qu’on leur présente, qui prennent pour vérité tout ce qu’ils lisent sur internet, qui ne savent pas faire la différence entre une théorie du complot farfelue et la réalité ?

Ou des citoyens capables de discernement, de jugement, de sens critique ?




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mercredi 21 janvier 2015

Québec — Syndicat de l'école publique contre les écoles (semi-)privées


À coups de sorties médiatiques et de messages publicitaires, la très laïciste Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 32 000 enseignants syndiqués, lance une campagne systématique contre les écoles privées qui, selon le syndicat, renvoient chaque année des centaines de ses élèves vers les écoles publiques dont elles ne veulent plus, tout en étant subventionnées, toujours ce syndicat, à 70 %. « Campagne de désinformation », réplique la Fédération des établissements d’enseignement privés.

La FAE relève par exemple qu’en 2012-2013, les écoles privées avaient expulsé 458 élèves de leurs élèves. [Il y a environ 900.000 jeunes élèves au primaire et au secondaire au Québec... (ici p. 137)] « C’est comme si, bon an, mal an, l’équivalent d’une école primaire de la région de Montréal était abandonné par les écoles privées et que ses élèves étaient transférées dans le réseau des écoles publiques sans qu’on leur donne le moindre sou pour les accueillir », a dénoncé le président de la FAE, Sylvain Mallette.

Si cette campagne est une tactique syndicale pour que le gouvernement trouve des fonds pour mieux financer le secteur de l’éducation, la FAE se trompe de cible, répond Jean-Marc St-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés. Il souligne d’abord que le financement suit l’élève peu de temps après son départ vers l’école publique, quand cela se produit. Au surplus, dit M. St-Jacques, « tout élève qui quitterait l’école privée pour aller à l’école publique coûterait plus cher au gouvernement ». M. St-Jacques fait référence aux droits de scolarité payés par les parents, de même qu’au fait que les écoles privées fournissent et entretiennent elles-mêmes leurs bâtiments. Soit, il arrive que certaines écoles privées expulsent certains élèves peu performants, « ce que nous désapprouvons et ce qui se produit beaucoup moins souvent qu’il y a vingt ans », dit M. St-Jacques. Cela dit, les départs des écoles privées s’expliquent très fréquemment par un déménagement, par des divorces et par des changements dans la situation financière des parents, ajoute-t-il.

Voir aussi

Éducation : les variables non significatives et la variable pertinente

Les règles imposées à l'école privée sont responsables de la sélection pratiquée




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Les étudiants étrangers boudent la Suède, trop chère


Depuis que la Suède a renoncé à proposer gratuitement l’accès à ses universités aux étudiants non européens, leur nombre a chuté de 80 % alors que de nombreux pays envisagent d’augmenter les frais de scolarité pour les étudiants étrangers.

Jusqu’en 2011, la Suède figurait parmi les rares pays à exempter de frais de scolarité tous ses étudiants, sans exception. Elle attirait ainsi des jeunes des quatre coins du globe.

Mais, austérité budgétaire oblige, les universités suédoises ont renoncé à la gratuité. Une politique qui a fait chuter de façon spectaculaire le nombre des étudiants non européens, pour qui les tarifs d’inscription s’élèvent de 11 000 à 25 000 € (15 000 $ à 34 000 $) par an. En 2014, la Suède ne comptait plus que 1 600 étudiants non européens, soit 80 % de moins que les 7 600 qui étudiaient dans le pays en 2011, d’après la Direction de l’enseignement supérieur suédois.

Les étudiants de l’Union européenne ne sont, en général, pas concernés, grâce aux programmes d’échanges Erasmus avec la Suède. Mais, pour les étudiants asiatiques et africains, le pays nordique est devenu un luxe presque inabordable. Leur quasi-disparition explique pour deux tiers la baisse du nombre d’étudiants en Suède depuis 2011.

Les universités suédoises, dont certains cursus ne font plus le plein, et les entreprises, qui estiment que la qualité des demandeurs d’emploi pourrait baisser, s’en inquiètent. Mais les études payantes sont la norme dans le monde, et « les étudiants suédois qui quittent leur pays sont bien placés pour le savoir », a expliqué un professeur d’économie de l’Institut royal de technologie, Eskil Wadensjö.

La Banque HSBC publie chaque année une évaluation sur le coût des études à l’étranger, en faisant la moyenne des frais d’inscription pour un non-résident dans les dix principaux établissements de chaque pays. « Il est inévitable que le coût de l’éducation supérieure grimpe partout, les subventions publiques diminuant », relevait en août 2013 Malik Sarwar, responsable du développement patrimonial chez HSBC, en publiant ses résultats. « Il deviendra difficile de faire face à ce coût, de sorte que les familles qui le souhaitent devront anticiper ce projet », ajoutait-il.

Le pays le plus cher du monde pour les étudiants est l’Australie, avec un coût de 28 700 € (40 800 $) par année d’études (frais universitaires plus coût de la vie), suivie des États-Unis (26 500 €, sans tenir compte des huit universités de l’Ivy League, beaucoup plus chères), et du Royaume-Uni (22 700 €).

En période d’austérité, chaque pays envisage de relever les frais d’inscription. Les règles communautaires interdisent d’augmenter de façon différenciée les droits d’inscription pour les étudiants de l’UE. En revanche, rien n’empêche de faire payer plus cher les Américains, les Australiens ou les Chinois… Les universités du Royaume-Uni fonctionnent sur ce modèle lucratif que les Pays-Bas ont aussi adopté. D’autres pays d’Europe, comme l’Espagne et la France où les frais d’inscription à l’université s’élèvent à 183 € (255 $) par an, y réfléchissent, sans avoir franchi le pas.




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Pays-Bas : fin des bourses d'étude gouvernementales généralisées


Dès la rentrée universitaire 2015, les « bourses universitaires de base », accordées jusqu’ici à tous les étudiants néerlandais, seront remplacées par un système généralisé de « prêt social », remboursable en 35 ans.


« Een studievoorschot », traduisez littéralement « une avance financière pour les études », soit un prêt à taux réduit, étalé sur une très longue période de remboursement. Voilà le nouveau régime auquel seront soumis, dès la prochaine rentrée universitaire, tous les étudiants néerlandais.

DÉMANTÈLEMENT DES BOURSES GRATUITES

Les sénateurs ont approuvé ce mardi le texte adopté mi-novembre par les députés. La deuxième­ chambre du Parlement avait en effet adopté plus tôt, par 97 voix contre 53, la proposition de loi visant à remplacer l’actuel dispositif d’aide au financement des études universitaires par un système généralisé de prêt étudiant.

Cette mesure était inscrite comme prioritaire au programme du gouvernement de coalition libérale-travailliste de Mark Rutte.

Étudiants néerlandais protestant en novembre 2014 contre le nouveau système de prêts.
Son adoption entérine un accord de compromis sur la question, scellé au printemps dernier entre quatre formations politiques – dont les écologistes – pour s’assurer d’une majorité parlementaire.

Le vote des députés n’a donc plus surpris personne aux Pays-Bas, mais chacun mesure pleinement la portée du texte adopté, qui démantèle le système actuel de bourses gratuites.

Stabilité financière et équité sociale

Ce système permettait jusqu’ici aux 670 000 étudiants néerlandais qui fréquentent les 13 universités et les 41 Écoles supérieures professionnelles (hogescholen) du pays de compenser des frais de scolarité académique relativement élevés – 1 900 € pour une inscription en premier cycle cette année – par un dispositif d’aides assez généreux. Mais, il ne s’agit là que d’un coût de base et comme le souligne le journal flamand De Standaard : « il n’est pas rare que des écoles supérieures et des universités aient des frais d’inscription de 15 000 euros » (20.000 $).

Tous les étudiants reçoivent notamment une « bourse de base » forfaitaire d’une durée de quatre ans, éventuellement prorogeable, et ce indépendamment du revenu de leurs parents. Pour cette année universitaire 2014-2015, par exemple, chaque étudiant a droit à 100,25 € (140 $) mensuels s’il vit chez ses parents et 279,14 € (390 $) s’il habite en dehors. Cette « bourse de base » était en réalité un prêt gouvernemental qui se convertissait en une subvention si l’étudiant obtenait son diplôme dans les dix ans.

Mais pour l’actuelle coalition au pouvoir, le système n’est plus ni tenable financièrement, ni juste socialement, car « il force l’ensemble des contribuables à investir pour la formation de jeunes qui, une fois leurs études terminées, bénéficieront de revenus élevés ».

Dégager plus d’un milliard de $

Aux yeux de la ministre de l’Éducation, Jet Bussemaker, « le système des bourses n’est plus de notre temps. Nous préférons investir dans des filières d’excellence qui permettront à nos jeunes de faire la différence. L’accès à un enseignement supérieur de qualité est une telle promesse de bénéfices pour l’avenir professionnel d’un étudiant que nous pensons qu’il peut payer pour cela. »


Le gouvernement table sur des recettes de 800 millions à un milliard d’euros. Il a promis d’investir la totalité des fonds pour perfectionner l’enseignement supérieur.

Exceptions et modalités

Seuls les étudiants dont les parents gagnent moins de 46.000 euros par an (64.000 $) ou refusent de payer continueront de recevoir une aide supplémentaire. Les étudiants dont le revenu des parents est inférieur à 30 000 € (42.000 $) recevront le montant maximum de cette bourse, soit 365 € (510 $) par mois. Le délai maximal de remboursement des prêts étudiants passera de 15 à 35 ans.

Dès le 1er septembre 2015, les « bourses de base » laisseront donc la place à des prêts sociaux, remboursables en trente-cinq ans. La formule retenue prévoit des taux d’intérêt « plafonnés à 4 % », mais calculés au cas par cas « selon les revenus mensuels des futurs diplômés et prélevés uniquement si ces revenus dépassent le salaire minimum » (actuellement 1,501 € bruts par mois, soit 2100 $).

Un diplômé ne devra pas consacrer plus de 4 pour cent de son revenu aux remboursements. Les invalides et les personnes souffrant d’une maladie chronique ne seront également pas tenues de rembourser la totalité de leur emprunt universitaire.

Endettement ou impulsion ?

Les associations étudiantes et les partis d’opposition n’ont pas manqué de dénoncer les failles et les risques du nouveau système : la sélection par l’argent, l’endettement généralisé des étudiants, et enfin des recettes finalement très incertaines et imprévisibles pour l’État. Une pétition contre la réforme a obtenu 28 000 signatures.

Mais le monde universitaire semble satisfait de la formule. Pour Karl Dittrich, porte-parole de l’association des universités néerlandaises (VSNU), « ce nouveau système de prêt social devrait à la fois garantir l’accès de tous à l’enseignement supérieur et donner à ce dernier une impulsion importante ».

Le Bureau central du plan (CPB) estime que la dette moyenne des étudiants néerlandais (aujourd’hui de 15.000 €, 21.000 $) devrait augmenter de 6000 à 9000 € (8.380 à 12.600 $).




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mardi 20 janvier 2015

Histoire — Qui était John A. MacDonald ?


Brochure spéciale de la Poste et de la Monnaie
La Monnaie royale canadienne vient de dévoiler une nouvelle pièce de deux dollars à l’effigie de John A. MacDonald alors que Postes Canada émettait un timbre en son honneur. Mais qui était cet homme politique ?

John Alexander Macdonald (11 janvier 1815 — 6 juin 1891) fut le premier Premier ministre du Canada (1867-1873, 1878-1891). Il est considéré comme l’un des Pères fondateurs du Canada, voire comme le père de la nation canadienne. Figure dominante du paysage politique canadien, sa carrière s’étendit sur près d’un demi-siècle. Macdonald resta Premier ministre durant 19 ans, une durée excédée seulement par William Lyon Mackenzie King.

Macdonald est né au Royaume-Uni avant d’émigrer avec sa famille à l’âge de 5 ans à Kingston dans la colonie britannique du Haut-Canada (actuel sud de l’Ontario). Il apprit le métier d’avocat avec un juriste local et se mit à son compte, et ce, même avant de devenir membre du Barreau.

En mars 1844, plusieurs hommes d’affaires lui demandèrent de se porter candidat pour le parti conservateur de Kingston. Macdonald suivit la coutume à l'époque de fournir de larges quantités d’alcool aux électeurs. Le vote à bulletin secret n’était encore en place et Macdonald battit son opposant, Anthony Manahan, par 275 « cris » contre 42 lorsque les deux jours d’élection se terminèrent le 15 octobre 1844.

Macdonald fut désigné pour devenir le 1er Premier ministre de la jeune confédération née en 1867. Il y resta jusqu’en 1873, lorsqu’il démissionna à la suite du scandale du Pacifique.

De passage à Kingston, considérée comme la ville d’origine du politicien conservateur, le Premier ministre Stephen Harper a vanté cet « homme ordinaire ». « Sans lui, le Canada tel qu’on le connaît n’existerait tout simplement pas », a ajouté le Premier ministre.

Les commémorations seront nombreuses au cours des prochains mois, elle suscite des réactions moins qu’enthousiastes dans certains cercles.

La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal a ainsi lancé récemment un site Web consacré au Premier ministre. La société souhaite présenter le « côté sombre » de celui qui fut le premier chef de gouvernement de la fédération canadienne, de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891, évoquant le sort consacré à Louis Riel, aux Sino-Canadiens ou aux Canadiens français sous son gouvernement M. Harper a salué la vision de John A. Macdonald, tout en reconnaissant son alcoolisme. Il a toutefois tu les prises de position racistes et francophobes de son prédécesseur, déplore la SSJB, notant que le Premier ministre « demeure insensible aux nombreuses protestations de citoyens dont les communautés ont été victimes du suprématisme anglo-saxon de Macdonald ».

Extraits du site de la SSJB :

MacDonald l’orangiste contre les francophones

«
Louis Riel n’est pas encore né lorsqu’en 1840, le jeune Macdonald, 25 ans, devient membre de la loge orangiste de Kingston. Tout au long de sa carrière politique, cette adhésion aux intransigeantes positions anti-catholiques et anti-Canadiens français de l’Ordre d’Orange ne le quittera jamais.

Drapeau des orangistes
La Loyal Orange Association of Canada a été fondée en 1830 à Brockville (Ontario). C’est là même que s’est tenue en 1990 une séance publique et très médiatisée de piétinement du drapeau québécois, en opposition à l’instauration de la loi-cadre du gouvernement de David Peterson sur les services en français dans cette province. Vers 1920, le nombre de loges orangistes en activité au Canada a atteint des sommets, au point de constituer la majorité des loges de tout l’Empire britannique.
La Loyal Orange Association of Canada a été fondée en 1830 à Brockville (Ontario). là même où s’est tenue en 1990 une séance publique et très médiatisée de piétinement du drapeau québécois.
En 1857, Macdonald devient Premier ministre de la colonie du Canada-Uni, formée du Haut-Canada (Ontario) et du Bas-Canada (Québec) fusionnés de force pour minoriser les Canadiens français en vertu des recommandations de rapport Durham. Macdonald s’entend comme larrons en foire avec son confrère conservateur Charles Tupper qui, en 1864, vient d’être élu Premier ministre de Nouvelle-Écosse. Dès son arrivée en poste, Tupper fait voter la loi portant son nom qui abolit les écoles catholiques françaises dans la colonie, dans le but d’assimiler les Acadiens. Après la Confédération de 1867, Charles Tupper deviendra un lieutenant important de John A. Macdonald devenu Premier ministre du Canada.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 protégeait les écoles anglo-protestantes du Québec, mais n’en faisait pas autant pour les écoles catholiques françaises hors Québec. Les orangistes des autres provinces, motivés par leur haine de ceux qu’ils appelaient avec mépris les papistes, étaient résolus à éradiquer le mal à la source. Après la Nouvelle-Écosse, ils abolirent les écoles françaises au Nouveau-Brunswick en 1871. Les Acadiens demandèrent aussitôt au Premier ministre Macdonald d’intervenir, ce qu’il refusa de faire, prétextant qu’il s’agissait d’une juridiction provinciale. Pourtant, entre 1867 et 1896, le gouvernement fédéral exerça 65 fois contre des lois provinciales son pouvoir de désaveu, fondé sur l’article 90 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (ledevoir.com) pour des questions autrement moins fondamentales que les droits scolaires des Canadiens français. De retour au pouvoir en 1873, Macdonald afficha la même indifférence complice face aux Canadiens français de l’Île-du-Prince-Édouard dont les écoles avaient été abolies l’année précédente.

Il en fit de même au moment de l’abolition des écoles franco-manitobaines en 1890, même si le Conseil privé de Londres lui suggéra de voter une loi réparatrice. La raison en est toute simple : l’uniformisation anglo-protestante de la population canadienne a toujours fait partie des objectifs politiques orangistes de John A. Macdonald. Entrepris sous son règne, le saccage des écoles françaises du Canada s’est poursuivi après la mort de Macdonald, en Alberta et aux Territoires du Nord-Ouest en 1892, en Saskatchewan en 1902 et en Ontario en 1912.

British « fair-play » ? Manifestation de francophones contre le Règlement XVII
(interdiction des écoles francophones en Ontario)

C’est bien vainement que les Franco-Ontariens ont fait appel au « British Fairplay » pour récupérer le droit à l’enseignement en français aboli par le Règlement 17 de 1912.
De son vivant, Macdonald a été indifférent à l’abolition des droits scolaires des Canadiens français de Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba.
Outre l’interdiction de l’enseignement en français, les gouvernements de Macdonald et de ses successeurs appliquèrent une politique de colonisation très sélective de l’Ouest canadien, en y distribuant à des anglo-protestants des terres et des subventions, une manne dont les Québécois en mal de terres à cultiver étaient rigoureusement exclus. De vastes campagnes de recrutement de colons anglo-saxons furent menées au Royaume-Uni, notamment par Charles Tupper, très influent allié conservateur de Macdonald. Encore dans les années 1920, le prix subventionné du billet de transport entre Londres et Winnipeg était de 22 $ (250 $ en dollars de 2015) tandis qu’un Québécois devait payer 43.48 $ (495 $ en dollars de 2015) pour son billet de train Montréal-Winnipeg. Durement frappés par la pauvreté, ces derniers choisirent donc l’exil aux États-Unis plutôt que vers l’Ouest canadien. Il en résulte que lors du recensement américain de 1980, les 13 millions de personnes qui se sont déclarées d’origine française constituaient le cinquième groupe ethnique aux États-Unis, juste avant les Italiens. L’historien franco-américain Gerard J. Brault indique que « de nombreux Franco-Américains ont également des ancêtres acadiens, mais la vaste majorité est d’origine québécoise. Leur émigration aux États-Unis s’est principalement produite entre 1870 et 1930, culminant dans les années 1880 », ce qui correspond aux années de pouvoir de Macdonald.

Il y a donc environ deux fois plus de Québécois d’origine aux États-Unis qu’au Québec. Ajoutons-y les 7 millions de francophones au Québec et le million de francophones hors Québec. Si le Canada de John A. Macdonald avait permis aux Québécois de coloniser l’Ouest canadien plutôt que de s’exiler aux États-Unis, on peut donc supposer qu’au moins 21 millions de Canadiens auraient aujourd’hui le français pour langue maternelle. La population totale canadienne actuelle étant d’environ 35 millions d’habitants, c’est un pays en majorité francophone qu’aurait bien pu être le Canada. En lieu et place, les Manitobains, majoritairement francophones qu’ils étaient lorsqu’ils ont joint la « Confédération », sont aujourd’hui moins de 2 % à parler la langue de Riel à la maison.

Macdonald était opposé à la démocratie, qu’il considérait comme « la tyrannie des masses »

[...]

[L]e tout jeune Canada ne possède pas d’aristocratie héréditaire, comme la noblesse anglaise, Macdonald souhaite la création d’une aristocratie canadienne sur le modèle de celle de la mère patrie britannique. C’est au sénat que Macdonald rêve d’établir cette aristocratie non élue ayant préséance sur la chambre des députés et donc, sur « la tyrannie des masses ». À la conférence de Québec, Macdonald déclare même : « Nous devrions avoir un gouvernement fort et stable sous lequel nos libertés constitutionnelles seraient assurées, contrairement à une démocratie, et qui serait à même de protéger la minorité grâce à un gouvernement central puissant ». Et Macdonald identifie clairement cette minorité menacée : « Nous devons protéger les intérêts des minorités, et les riches sont toujours moins nombreux que les pauvres. » Ce sont donc les intérêts des grandes fortunes privées que Macdonald veut protéger contre cette fameuse « tyrannie des masses », soit le suffrage universel, qu’il considère comme « un des plus grands maux qui puissent frapper le pays ».

»






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Facteurs de réussite scolaire selon Hattie


John Hattie a fait des recherches sur plus de 800 méta-analyses qui résument plus que 50000 études individuelles. Il a publié sa synthèse dans un livre paru en 2009 : « Visible Learning ». En tout, 250 millions d’élèves auraient été concernés par ces recherches sur la réussite et l’apprentissage. Voici une partie des 138 facteurs d’influence que Hattie évalue dans son livre. En attendant la traduction française de ses livres, veuillez trouver la liste des 138 facteurs d’influence en anglais (ici) ou en allemand (ici) et un extrait en français ci-dessous.

Ce qui aide et ce qui nuit selon John Hattie (extrait)



Ce qui nuirait à l’apprentissage

• changer d’école/déménager (d=-0,34)
• trop de télévision (d=–0,18)
• le redoublement (d=–0,16)
• de longues vacances d’été (d=–0,09)

Ce qui ne nuirait pas, mais n’aiderait pas non plus

• l’enseignement « ouvert » p/r traditionnel (d=0,01)
• les classes multi-âges (d=0,04)
• instruction à la maison (d=0,16)
• l’enseignement et l’apprentissage basé sur internet (d=0,18)

Ce qui n’aiderait que peu

• de petites classes (d=0,21)
• l’équipement financier (d=0,23)
• école religieuse (d=0,23)
• les devoirs (d=0,29)

Ce qui aiderait davantage

• une offre plus grande pour les enfants doués (d=0,39)
• des mesures d’encouragement pré­scolaire (d=0,45)
• motivation (d=0,48)
• influence des camarades (d=0,53)
• un enseignement dirigé par l’en­seignant (d=0,59)
• lecture syllabique (d=0,6)

Ce qui aiderait vraiment

• rétroaction par l’enseignant (d=0,73)
• apprentissage par problèmes (d=0,61)
• formation continue des enseignants spécifique en la matière (d=0,62)
• les programmes encourageant la lecture (d=0,67)
• relation de confiance entre l’en­seignant et l’élève (d=0,72)
• clarté de l’enseignant (d=0,75)
• comportement de la classe (d=0,8)
• microenseignement (d=0,88)





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dimanche 18 janvier 2015

Ontario — Ministre de l’éducation : les écoles catholiques devront enseigner le nouveau programme d’éducation sexuelle


Les parents catholiques de l’Ontario qui espèrent que leurs enfants fréquentant une école catholique soient épargnés du programme explicite d’éducation sexuelle, qui prétendument enseignerait à leurs enfants à propos de la masturbation, à s’interroger sur leur identité sexuelle en tant qu’homme ou femme, et à propos des diverses structures familiales sont laissés pour compte.

La ministre de l’Éducation, Liz Sandals, a déclaré hier à l’émission « The Agenda » de TVO que les écoles catholiques ne seront pas en mesure de se retirer du programme qui est imposé aux écoles ontariennes par la Première ministre lesbienne, Kathleen Wynne.

« Il y a seulement un programme, et c’est notre espoir que les quatre systèmes [anglais et français catholiques ; anglais et français publics] utiliseront le même document du programme ».

La ministre a indiqué que même si le système scolaire catholique pourra fournir, à travers son propre programme de vie familiale, ses « commentaires » sur le programme d’éducation mandaté par le gouvernement, il ne lui sera pas permis de changer quoi que ce soit et devra « livrer » l’éducation sexuelle telle quelle.

Si le programme est à l’image de son prédécesseur, mis en veilleuse en 2010 en réponse à la réaction négative des parents, il contiendra probablement des éléments contraires à l’enseignement sexuel et moral catholique, tels l’approbation de la masturbation, du sexe anal et oral, de l’homosexualité et de la contraception.

La ministre a défendu la décision d’implanter le programme d’éducation sexuelle pour l’année scolaire 2015/16, en disant : « C’est le bon moment de le faire pour les enfants, car les enfants ont besoin de cette information ».

Lorsque l’animateur Steve Paikin a demandé à Mme Sandals de répondre directement aux préoccupations concernant le contenu du programme, lequel « encouragerait activement les enfants de 12 ans à la masturbation comme moyen pour connaître leurs corps et enseignerait aux enfants de huit ans qu’être un homme ou une femme est simplement un construit social », elle n’a pas nié le fait que le programme contiendrait ces composantes. Elle a plutôt éludé la question, disant que de telles informations seraient incluses dans les guides de l’enseignant en tant que « réponse appropriée » si les enfants posaient des questions sur le sujet.

À quelques reprises lors de l’entrevue, Mme Sandals a affirmé que le programme d’éducation sexuelle fournit aux enfants « de bonnes et précises informations » au sujet du sexe, sans dire à partir de quel point de vue ces informations ont été jugées « bonnes » et « précises ».

Le géant de l’avortement, Planned Parenthood, a une notion très différente de ce qui constitue une « bonne » éducation sexuelle par rapport à l’Église catholique. Par exemple, alors que Planned Parenthood considère que tuer un enfant à naître par avortement au nom des « droits reproductifs » est une action acceptable et socialement bénéfique, l’Église catholique soutient que l’avortement est toujours et partout intrinsèquement mauvais, car il détruit un être humain. Il ne peut jamais être justifié.

Mme Sandals a également confirmé que le programme enseignerait aux enfants ce que signifie donner son consentement à des relations sexuelles.

Rappelons qu’à une époque pas si lointaine, en 1992, les parents catholiques québécois avaient réussi à obtenir la possibilité de faire exempter leurs enfants des cours d’éducation sexuelle.

Source

Voir aussi

Cours à la sexualité — parent catholique obtient une exemption

« Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire »

Dans le cadre des assassinats odieux perpétrés dans les locaux de Charlie Hebdo, on a beaucoup entendu ces jours-ci cette phrase de Voltaire :
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez le dire ».
Phrase importante pour ce qu’elle représente sur le plan de la démocratie...

L’ennui c’est que Voltaire n’a jamais écrit ni prononcé cette phrase.

Celles et ceux qui ont décerné cette citation à Voltaire se basent sur une lettre datant du 6 février 1770. Voltaire se serait adressé à l’abbé Le Riche en ces termes : « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. » Si l’existence de cette missive a été avérée, la phrase n’y figure pas, ni même l’idée ! C’est ce qu’on appelle une citation « apocryphe », non authentique.

La paternité de cette sentence revient à l’Anglaise Evelyn Beatrice Hall qui, dans un livre, The Friends of Voltaire, publié en 1906 sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, utilisa la célèbre formule pour résumer la pensée voltairienne. « “I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say I”, was his attitude now », écrit-elle. Elle confirmera par la suite que c’était sa propre expression et qu’elle n’aurait pas dû être mise entre guillemets. Qu’elle soit due à la maladresse de l’auteur ou de l’éditeur, la citation a été rapidement traduite en français avant de connaître le succès que l’on sait.

Charlie Hebdo, partisan de la liberté d’expression ?

Laissons de côté la vulgarité répétitive de Charlie Hebdo, sa prédictibilité et sa perte de lectorat constante depuis quelques années à tel point que l’hebdomadaire « irresponsable » comme il titrait avait récemment fait appel à la générosité de ses lecteurs. Mais est-ce que Charlie Hebdo était vraiment un partisan de la liberté d’expression totale ou uniquement en faveur de pouvoir exprimer les opinions chères aux auteurs de Charlie Hebdo ?

Le 26 avril 1996, Cavanna, Val et Charb (trois piliers du journal Charlie Hebdo) débarquent en estafette dans une annexe du ministère de l’Intérieur. Dans leur coffre, des cartons remplis de signatures qu’ils apportent à un conseiller de Jean-Louis Debré. En huit mois, 173 704 personnes ont répondu à l’appel « pionnier » de l’hebdomadaire pour demander l’interdiction du Front national (FN). On peut mieux faire question défense de la liberté d’expression.

Il y a aussi l’affaire Siné en 2008 quand un des dessinateurs sera renvoyé pour « antisémitisme » (il y aurait donc bien des tabous modernes). Le vétéran de Charlie Hebdo avait écrit : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! » Propos très proches de ceux du président de la LICRA.



Mais rien n’y fera. « [Le rédacteur en chef] Val [promu peu après directeur de France Inter] voulait des excuses auprès de Jean Sarkozy et de la famille Darty. Je lui ai demandé s’il ne se foutait pas de ma gueule. Je préfère me couper les roubignoles », a déclaré Siné, qui collabore à Charlie Hebdo depuis la relance du titre en 1992. Âgé de 79 ans, le dessinateur et chroniqueur avait également participé à l’ancienne formule.

Les unes de Charlie Hebdo...
« Je reproche à Jean Sarkozy de se convertir par opportunisme. S’il s’était converti à la religion musulmane pour épouser la fille d’un émir, c’était pareil. Et un catholique, pareil, j’ai jamais fait de cadeau aux catholiques », a expliqué Siné. Il ne s’agirait pas des seuls actes de censure de la part de Philippe Val.

En décembre 2012, la société éditrice de Charlie Hebdo est condamnée par la cour d’appel de Paris à verser 90 000 euros de dommages et intérêts à Siné pour licenciement abusif.

L’« humour » de Charlie Hebdo,
caricature reproduite dans le numéro commémoratif du 15 janvier 2015

Après l’attentat qui avait frappé la rédaction de Charlie Hebdo en 2012, de nombreuses figures de la gauche française avaient fait connaître leur désapprobation par rapport à ce journal satirique.


Vidéo d’Humour de gauche (Charb s’y plaint des procès des « intégristes catholiques » : c’est une manière civilisée de contester, non ?)

Qu’en est-il de Voltaire ?

Voltaire défendait-il la liberté d’expression, la démocratie ? Le mieux est de le citer.

Voltaire méprisait le peuple et n’était pas démocrate. Dans Questions sur l’Encyclopédie, Voltaire écrit : « La multitude des bêtes brutes appelées hommes, comparée avec le petit nombre de ceux qui pensent, est au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations. »

Voltaire
Sur ses vieux jours, Voltaire sera encore plus sélectif : « le genre humain pensant, c’est-à-dire la cent-millième partie du genre humain tout au plus » (dans Aventure de la mémoire). Voltaire encouragera son correspondant d’Alembert : « Portez-vous bien, éclairez et méprisez le genre humain » (lettre du 19 février 1757).

Pour Voltaire, « Ce monde-ci (il faut que j’en convienne) est un composé de fripons, de fanatiques et d’imbéciles, parmi lesquels il y a un petit troupeau séparé qu’on appelle la bonne compagnie ; ce petit troupeau étant riche, bien élevé, instruit, poli, est comme la fleur du genre humain ; c’est pour lui que les plaisirs honnêtes sont faits ».

Dans un sens, Voltaire voyait le monde divisé en deux, comme Charlie Hebdo, les sots (les cons et les beaufs de Charlie Hebdo) et les personnes éclairées. À Mme du Deffand, il vantera « le plaisir noble de se sentir d’une autre nature que les sots ». Oui, d’une autre nature. Or les sots sont légion. Les non-pensants, il le répète, sont l’écrasante majorité.

Diderot, quant à lui, n’est pas en reste : « Malheur à celui qui oublie que tout ce qui ressemble à un être humain n’est pas obligatoirement un être humain ». Pour Voltaire encore, « Le peuple est entre l’homme et la bête ». Pour Voltaire, les choses sont nettes : « nous n’avons de compatriotes que les philosophes, le reste n’existe pas. » L’élitisme de Voltaire est clair.

Les Français, si souvent des sots cons
Voltaire partage aussi la pensée hédoniste des vieux soixante-huitards octogénaires qui avaient fondé Hara-kiri devenu Charlie Hebdo : « il faut jouir, et que tout le reste n’est que folie » (à Frédéric II). Au duc de Richelieu, il conseille « Jouissez de votre gloire, de votre considération, et des plaisirs présents et des plaisirs passés ».

Contrairement à Chateaubriand qui conseillait de ne dispenser le mépris qu’avec parcimonie, à cause du grand nombre de nécessiteux, Voltaire n’aura pas de ces petitesses mesquines. Il distribuera libéralement son mépris : « L’essentiel est d’être bien avec soi-même, et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent, et tantôt nous lèchent. » Chien, le mot reviendra. À un enfant anglais passant à Ferney avec ses parents, Voltaire fera en anglais cet aveu peu avant sa mort : « Vous serez quelque jour un Malborough ; pour moi je ne suis qu’un chien de Français. »

Nous passerons ici sur les descriptions peu amènes que Voltaire fait des « minorités ethniques » comme on dit aujourd’hui : « La lèpre, ainsi que le fanatisme et l’usure, avait été le caractère distinctif des Juifs. » Les juifs forment « de tous les peuples, le plus grossier, le plus féroce, le plus fanatique, le plus absurde. »

Le « beauf » de Charlie Hebdo (Cabu). Le Français modeste, le peuple de Voltaire : vulgaire, misogyne, « con », alcoolique, raciste et en plus il peut voter !
« Se battre jusqu’à la mort » ?

Écrivant à Helvétius, Voltaire dira : « faire plus de cas du bonheur de la vie que de la vérité ». Michel Hennin, résident de France à Genève, et familier de Voltaire, le présentera à Bertin comme « tenant plus que personne à son repos et à ses richesses » (lettre du 27 octobre 1774). Pour Voltaire, « persécution [est] abominable ; martyr, fou ». Il se confie à Argental : « Il y aurait de la folie à être martyr de la vérité ».

En 1736, il n’hésite pas à écrire à Thiérot : « Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. » Évidemment, ce mensonge doit être pour la bonne cause et ne pas causer de mal...

Les partisans du châtelain de Ferney disent qu’il ne faut pas prendre cette citation hors contexte. Ces contemporains lui rendaient cependant justice : il pratiquait ce qu’il conseillait dans sa correspondance. La Beaumelle, un de ses adversaires, en 1753 dira ainsi : « [M]onsieur de Voltaire n’a pas de longues habitudes avec le vrai ». Un de ses amis, Hennin écrivant à Choiseul, dira en 1770 : « M. de Voltaire que son imagination trompe quelques fois sur les faits ». Frédéric II écrira à Voltaire le 6 décembre 1772 : « Vous savez mieux que personne que les mensonges font plus de chemin que les vérités. »

Voltaire fait arrêter ses adversaires…

Il faut ici rappeler deux affaires peu honorables pour Voltaire : les affaires La Beaumelle et Clément.

L’auteur protestant La Beaumelle (1726-1773) avait eu l’indécence de critiquer sévèrement Voltaire. Ce dernier s’activa par trois fois pour l’embastiller par lettre de cachet. Quels étaient les torts de cet auteur qui faisait ombrage à Voltaire ? Voltaire ne lui pardonne pas l’audace d’avoir jugé obséquieux son Siècle de Louis XIV et, notamment, l’indulgence de Voltaire envers la Révocation de l’Édit de Nantes. Voltaire en veut également à La Beaumelle de souligner son statut d’homme de lettres grassement subventionné chez Frédéric II de Prusse. Il a notamment écrit dans un gros ouvrage deux lignes assassines : « Le roi de Prusse comble de bienfaits les hommes à talents, précisément par les mêmes raisons » qui poussent d’autres princes à « combler de bienfaits un bouffon ou un nain » ou encore « Qu’on parcoure l’histoire ancienne et moderne, on ne trouvera point d’exemple de prince qui ait donné sept mille écus de pension à un homme de lettres, à titre d’homme de lettres ». Le roi de Prusse n’avait pas dit autre chose quand, après le premier séjour de Voltaire à Berlin, il écrivit : « C’est bien payer un fou ; jamais bouffon de grand seigneur n’eut de pareils gages ».

Ces deux griefs contre l’auteur protestant sont peu avouables, Voltaire se doit donc d’en inventer d’autres. Il fait ainsi croire que l’« insolent », dans son ouvrage, accuse le Régent d’avoir empoisonné plusieurs membres de la famille royale alors que l’écrivain cévenol s’est borné à indiquer que la faiblesse des arguments de Voltaire qui prétendait en disculper ce prince de sang. (Voir La Beaumelle, Un Protestant cévenol entre Montesquieu et Voltaire, par Claude Lauriol, pp. 355, 356) Crimes de lèse-majesté, injures des plus graves, Voltaire nourrit ce mensonge en les ressassant inlassablement contre La Beaumelle. Voltaire cite de travers, isole quelques phrases dans tout un volume, dénature le sens, méconnaît l’ironie d’un propos qu’il répète à outrance (Cl. Lauriol, pp. 597 et 600). Mais, pour le seigneur de Ferney, le jeu en vaut la chandelle : il s’agit d’emprisonner un impertinent qui a critiqué son amateurisme historique.

Publiquement, Voltaire a écrit ostensiblement contre les lettres de cachet. L’historien Quétel dans son livre De par le Roy, essai sur les lettres de cachet, a révélé que le philosophe avait contribué avec insistance à faire enfermer par lettre de cachet une tripière vulgaire et bruyante qui « blasphémait le saint nom de Dieu à outrance ».

Mais ce n’est pas la seule fois que Voltaire a cherché à faire enfermer des écrivains dont l’industrie le contrariait. Trois tentatives sont recensées à l’encontre du seul La Beaumelle. Deux essais seulement ont été couronnés de succès. Dans ces deux cas, l’écrivain protestant a été envoyé à la Bastille. Six mois d’abord en 1753. Selon l’historien Lauriol, La Beaumelle, alors âgé de vingt-sept ans, « a beaucoup souffert de sa détention, physiquement et moralement ». À sa sortie de prison, en 1754, Malesherbes, directeur de la censure, lui refuse l’autorisation de créer un journal et lui interdit même de rien imprimer pour sa défense contre Voltaire. Résigné, l’écrivain protestant s’exclame : « Il me semble qu’on craint Voltaire encore plus qu’on ne le méprise ».

La Bastille, Voltaire parviendra à y faire emprisonner par deux fois l'écrivain La Beaumelle

La Beaumelle est enfermé une seconde fois de 1756 à 1757. Voltaire y contribue en le dénonçant auprès de Mme de Pompadour et du duc de Richelieu sous le prétexte que les Mémoires de La Beaumelle pour servir à l’Histoire de Mme de Maintenon n’aurait été que d’horribles calomnies sur toutes les familles royales d’Europe, en montant en épingle « une note rapide perdue au milieu de deux mille pages », selon R. Pomeau dans De la Cour au Jardin, Oxford, 1991.

Élargi, la vigilance de Voltaire s’ajouta à la vigilance du Ministère et fit peser d’inquiétantes menaces pour l’empêcher d’obtenir la révocation de sa lettre d’exil et le condamner ainsi au silence.
Voltaire sembla déçu de l’élargissement de son contradicteur quand il s’enquit ainsi auprès d’Argental : « Dites-moi, je vous prie, à propos des arts que tant de coquins déshonorent, s’il est vrai que ce misérable La Beaumelle soit sorti de sa Bastille ».

La Beaumelle ne s’exprima plus, comme il l’écrivit à Maupertuis le 5 avril 1758, parce qu’« on craint une lettre de cachet, et avec quelque raison, quoiqu’on soit très sincèrement disposé à ne rien mettre dans ces notes qui blesse autre homme que lui [Voltaire] ».

Voltaire méprisant (bis)

Voltaire, quant à lui, avait décrété : « Les La beaumelle et les insectes de cette espèce pourraient nous faire prendre le genre humain en haine ».

Voltaire, il faut le rappeler (il l’a également dit dans l’affaire Calas) n’aime guère les protestants (sauf quand ils peuvent servir à abattre l’infâme). Dans le cas de La Beaumelle, il se confiera à ses correspondants : « Je n’aime point ces maudits huguenots ». « Nous ne valons pas grand-chose, mais les huguenots sont pires que nous ». Hargne constante et noire contre « ce petit huguenot qui a été apprenti prédicant à Genève ». Voltaire invente ce détail pour aggraver le cas de l’écrivain protestant, car Voltaire déteste « des prédicants la dure et morne espèce ». La Beaumelle, c’était pour le seigneur de Ferney, « un chien qu’on ne pouvait plus laisser dans les rues ». Le parangon de la tolérance était donc un persécuteur teigneux qui se réjouit des tourments qu’il fait infliger.

Voltaire, militant embastilleur récidiviste

La Beaumelle ne fut pas la seule victime de l’amour-propre de Voltaire. En effet, Jean-Marie-Bernard Clément (1742-1812) eut le front de publier des Observations critiques contre quelques poètes qui ont pignon sur rue, sans omettre Voltaire. Le héros moderne de la tolérance est exaspéré. Son courroux le domine. Clément n’est qu’« un gredin de la littérature », « un misérable », « un scorpion », « ce petit serpent de Dijon », « un maroufle », « cette petite canaille ». Il recommande à d’Alembert en 1771 : « [J]e crois qu’il ne serait pas mal qu’il fît deux ans de noviciat à Bicêtre ». Deux ans de prison dans un lieu particulièrement infamant, car l’endroit accueillait alors la lie de la société, mélangeant indifféremment les indigents, les malades et les criminels : aliénés, escrocs, syphilitiques, assassins, vagabonds et délinquants de toute sorte.

Voltaire s’en explique : « La critique est permise, sans doute, mais la critique injuste mérite un châtiment ». Voilà qui est intéressant. La liberté d’expression est permise pour autant que la critique ne s’attaque pas aux auteurs confirmés. Sinon, deux années d’emprisonnement sans jugement, car c’est cela la lettre de cachet !

Clément a l’outrecuidance de faire publier en 1773 des Lettres à M. de Voltaire. Pour ce dernier, cette parution est la preuve des failles de la censure : « S’il a fait imprimer un libelle, il faut que quelque petit censeur royal, quelque petit fripon de commis à la douane des pensées ait été de concert avec lui. Je tâcherai de découvrir cette manœuvre ».

Il suffit, Arouet de Voltaire, comte de Tournay, seigneur de Ferney, ne peut en souffrir mais. Outré, l’aristocrate, défenseur de la liberté d’expression, alerte le second personnage du royaume, à savoir le chancelier Maupeou en personne. Le tout pour se plaindre de ce que Clément se trompe dans sa généalogie et lui donne un oncle pâtissier... C’est selon Voltaire une petite calomnie qui jette sur lui un grand ridicule ! Il fait savoir ce qu’il pense de ce Clément : « chassé de Dijon et demeurant à Paris, a déjà été mis en prison par la police ». Précision sournoise glissée à toutes fins utiles. Dix-huit mois plus tard, l’empêchement infligé à Clément d’imprimer sera accueilli avec satisfaction : « un premier châtiment bien dû à ce misérable, en attendant que la police ses grossières insolences ». Il ne s’agit après tout que d’« écrase[r] un [jeune] scorpion », d’« assommer dans la boue un crapaud qui croasse ».

Qu’il s’agisse de La Beaumelle ou de Clément, ses jeunes confrères, le polémiste-philosophie ne plaisante point. Il les insulte copieusement et s’active pour les faire emprisonner et interdire de publication. Force est de constater que Voltaire ricanerait à voir aujourd’hui ceux qui aujourd’hui l’ont transformé en militant passionné de la liberté d’expression, quitte à se battre jusqu’à la mort ! À son habitude, il les mépriserait sans doute. Lui qui écrivait au duc de Richelieu : « Nous avions besoin autrefois qu’on encourageât la littérature et aujourd’hui il faut avouer que nous avons besoin qu’on la réprime. » Il faut réprimer la littérature, c’est signé Voltaire. Mais qui le cite ?


La France, patrie des droits de l’homme et de la liberté d’expression ?

On a beaucoup entendu dire que la France, digne héritière de Voltaire, est la patrie des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Peut-être est-ce le cas, mais pas pour des raisons moins honorables que celles de la légende de France patrie de la liberté et de Voltaire défenseur jusqu’à la mort de la tolérance.

Pour l’avocat Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit de la presse, interrogé par Le Point, la liberté d’expression est nettement plus encadrée en France qu’aux États-Unis.

En France, la liberté d’expression figure dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui a valeur constitutionnelle. L’article 11 dispose que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement »... Mais une restriction est immédiatement apportée à ce principe, après une virgule : « Sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Les États-Unis, eux, n’ont jamais ajouté de virgule à leur « 
freedom of speech » garanti par le premier amendement de la Constitution. La Convention européenne des droits de l’homme reprend la liberté d’expression, mais y met elle aussi des bémols. Dans la patrie de Voltaire, selon Emmanuel Pierrat, quelque 400 textes portent atteinte à la liberté d’expression...


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samedi 17 janvier 2015

Bien citer Bossuet




On cite beaucoup ces temps-ci (Zemmour la répète souvent même) une phrase de Bossuet particulièrement bien adaptée aux circonstances. Mais on la cite mal. En réalité, la véritable phrase est la suivante :
« Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit. »

C’est, il est vrai, plus long. On trouve la citation au livre IV de l’Histoire des variations des églises protestantes, Œuvres complètes, tome IV, éd. Didot, 1870, p. 54).






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