dimanche 27 mars 2011

France — Le pacte immoral en matière d'enseignement

Deux grands lycées parisiens qui se sont déconnectés du système informatique du ministère et ont mis en place des modes d'admission parallèles, de sélection donc.

Des ministres (et un président) qui annoncent des réformes mais n'arrivent pas à les faire appliquer.

Des enseignants qui font faire des dictées en cachette. Le Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (école secondaire et cégep) que l'on donne à des candidats qui n'ont pas eu la moyenne et qu'on lâche ensuite dans des classes difficiles.

Une pédagogie « nouvelle » où l'orthographe n'est plus une fatalité mais « une matière à discussion ». Sophie Coignard met à nu l'Éducation nationale. Ses ministres, ses idéologues, ses syndicats&;nbsp;: tous ceux qui, selon elle, depuis vingt-cinq ans mènent l'école à la ruine.

Le plus scandaleux ? Ils agissent en toute impunité. À l'origine de cet immense gâchis, un « pacte immoral » entre les élites qui prétendent nous gouverner et les apparatchiks qui sacrifient nos enfants par pur cynisme. Ceci n'est pas un livre sur l'éducation. En tout cas pas seulement. C'est d'abord un document féroce et un récit effarant sur l'hypocrisie et la lâcheté du pouvoir.

Pour Sophie Coignard, depuis vingt ans, les politiciens, soucieux de leur carrière, ont préféré déléguer aux syndicalistes, à la caste des inspecteurs et aux « théoriciens de pédagogie nouvelle » les clés du ministère. Voilà une administration qui a pour sport favori le contournement des directives et qui passe ses journées à préserver son périmètre et, au passage, à grignoter celui des autres. En face, les politiques ont abandonné le combat. Il faut lire le chapitre où Gilles de Robien supplie Dominique de Villepin de ne pas le nommer à ce poste tant redouté. Édifiant !

Extrait (pp. 205-207).

Tandis que l'on sert aux intouchables des lycées professionnels une sous-culture indigeste, les brahmanes de l'inspection générale se préoccupent des vrais enjeux. Ils veillent jalousement à la préservation de leur périmètre, pour s'assurer que rien ne risque d'en réduire le territoire et repérer d'éventuelles occasions de grignoter celui des autres. Si le ministre annonce, par exemple, qu'une demi-heure par semaine, dans le secondaire, sera allouée aux nouvelles technologies, Diafoirus se pose une question prioritaire : au détriment de quelles chapelles ?

L'enseignement de l'économie a été un de ces bastions menacés du temps de Xavier Darcos, qui n'aimait pas cette discipline et entendait dire de toutes parts qu'elle était mal enseignée. Un rapport de l'Académie des sciences morales et politiques, remis au ministre en juillet 2008, se montre sévère. L'un de ses auteurs, Pierre-André Chiappori, en faisait cette synthèse au moment de sa publication : l'enseignement des sciences économiques et sociales dans le secondaire français est gravement défectueux.


Sophie Coignard à On n'est pas couché

En l'état, le contenu des enseignements n'a qu'un rapport lointain avec la science économique, telle qu'elle est pratiquée non seulement dans les universités et les centres de recherche, mais aussi dans les organisations gouvernementales et internationales, et (a fortiori) dans les entreprises.

Ce réquisitoire a beaucoup inquiété les inspecteurs généraux du groupe sciences économiques et sociales. Non parce qu'ils ont été ébranlés sur le fond, mais parce qu'ils redoutaient de voir leurs prérogatives grignotées, voire gravement amputées. Dès la rentrée suivante, l'Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) monte au créneau en publiant un communiqué digne des plus riches heures de la CGT : « Nous craignons un démantèlement de notre enseignement. En seconde, celui-ci pourrait chuter de 40 %. C'est inacceptable... » Pour qui ? Pour les élèves ou pour leurs professeurs ?

Les responsables de l'Apses sont reçus le 29 septembre 2008 par Jean-Paul de Gaudemar, recteur chargé de la réforme du lycée. Il est question de fusionner la matière avec les sciences et techniques de gestion. Inacceptable, une fois encore. Diafoirus a l'esprit large, il aime le relativisme, mais pas au point de mélanger ses belles serviettes généralistes avec des torchons technologiques. Pourquoi se gêner, d'ailleurs ? L'Apses a réussi à sauver les meubles. Même plus, puisque dans la réforme portée par Luc Chatel, l'enseignement de l'économie devient obligatoire en seconde. À côté, il est vrai, d'un module sur les « principes fondamentaux de l'économie et de la gestion ».

Si le niveau baisse, les avantages acquis demeurent intacts. Pour le ministre, l'essentiel est de se distinguer à peu de frais. On supprime complètement l'enseignement de l'économie en seconde un jour ? On le rend obligatoire pour tous le lendemain ? Peu importe, l'essentiel est d'avoir l'air de maîtriser la situation.

Sophie Coignard sur RTL

Le Pacte immoral
par Sophie Coignard
Albin Michel, Paris
2011, 281 pp.
ISBN: 978-2226219190

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1 commentaire:

Josick d'esprit agricole a dit…

Cette structure d'alliance existerait depuis la Libération...
Charles Gave en parle sur ce post
Quand la Technostructure et le Parti Communiste rompent une alliance éternelle…à cause de l’Allemagne.
J'ai mis un commentaire sur ce post, commentaire faisant écho à votre post.